À Madagascar, la rentrée scolaire met en lumière une singularité devenue structurelle. Dans les écoles publiques, une part considérable des enseignants n’est pas directement recrutée par l’État. Ce sont les associations de parents d’élèves qui les embauchent et, pour beaucoup, assurent leur rémunération. Une solution née du manque d’enseignants qui a progressivement pris une place telle que le système éducatif aurait aujourd’hui beaucoup de difficultés à fonctionner sans elle.
Ces « maîtres FRAM », du nom malgache des associations de parents d’élèves, représentent 44 % du personnel enseignant du public. Dans le primaire, leur poids est encore plus important. Derrière ces chiffres apparaît une réalité rarement associée à l’idée même d’école publique : dans de nombreuses localités, particulièrement rurales, les familles doivent contribuer directement à payer celui ou celle qui enseigne à leurs enfants.
Une solution locale devenue indispensable
Le système FRAM répond d’abord à une difficulté ancienne : attirer et maintenir suffisamment d’enseignants fonctionnaires dans les zones rurales. Lorsqu’un poste reste vacant, les communautés cherchent elles-mêmes une solution. La personne la plus diplômée du village peut alors être recrutée, parfois avec le BEPC comme principal bagage académique et sans formation pédagogique préalable.
Une étude publiée en 2026 par la chercheuse Narimbolatiana Randrianarison décrit ainsi des personnels devenus essentiels au fonctionnement quotidien des établissements, tout en restant particulièrement vulnérables. Leur importance réelle dans l’école malgache contraste avec la fragilité de leur statut.
L’État a progressivement pris en charge une partie d’entre eux, mais pas la totalité. Environ un tiers des maîtres FRAM bénéficient d’une rémunération publique pouvant atteindre 150 000 ariary mensuels, soit environ 17 000 FCFA. Pour les autres, la charge continue de reposer essentiellement sur les communautés.
Quand la pauvreté des territoires se répercute sur l’école
Le modèle soulève alors une question d’égalité. Une communauté relativement favorisée peut plus facilement contribuer à la rémunération d’un enseignant qu’un village où les ménages disposent déjà de très faibles revenus. Le risque est donc de faire dépendre une partie des conditions d’enseignement de la capacité financière des familles.
Cette fragilité ne concerne pas uniquement les salaires. Dans certaines régions, le déficit d’infrastructures reste considérable. Des établissements manquent encore de tables-bancs, de matériel pédagogique ou de bâtiments suffisamment équipés. Le syndicat Sempama décrit notamment des situations dans le sud du pays où des élèves travaillent sur des planches installées à même le sol.
Ces difficultés s’inscrivent dans un problème budgétaire plus large. Les dépenses publiques consacrées à l’éducation représentent environ 2,5 % du PIB malgache, contre une moyenne proche de 3,7 % en Afrique subsaharienne. La Banque mondiale souligne elle aussi l’importance des enseignants communautaires dans le primaire et les difficultés persistantes concernant les infrastructures et les apprentissages.
Le provisoire devenu structurel
Le paradoxe malgache tient finalement dans cette évolution. Les maîtres FRAM devaient permettre aux communautés de répondre à l’absence d’enseignants là où l’administration ne pouvait fournir suffisamment de personnel. Au fil des années, cette réponse locale s’est transformée en l’un des piliers du système.
Les supprimer brutalement risquerait donc de priver de nombreuses écoles de personnel. Les maintenir durablement dans la précarité revient, à l’inverse, à accepter qu’une partie essentielle du service public d’éducation repose sur des enseignants dont le statut, la formation et la rémunération demeurent profondément inégaux.
À Madagascar, la question dépasse ainsi celle des conditions de travail des maîtres FRAM. Lorsqu’une école publique dépend durablement de la capacité des parents à recruter et parfois à rémunérer ses enseignants, c’est la frontière même entre responsabilité de l’État et solidarité communautaire qui finit par se brouiller.
La Rédaction
Sources : étude de Narimbolatiana Randrianarison publiée dans Éducation et francophonie ; Banque mondiale ; Sempama.

