Une étude sur des personnes souffrant de troubles de l’élocution après un AVC révèle un mécanisme dans le cerveau faisant le lien entre émotions et parole.
Imaginez que vous avez l’occasion de vous exprimer devant une assemblée officielle et que vous êtes légèrement bègue, butant pour prononcer certains mots. Le stress et l’émotion générés par la situation risquent de vous paralyser encore plus, et vous préférerez éviter de prendre la parole en public. Le réseau cérébral responsable de ce dysfonctionnement, qui relie émotion et motricité verbale, a été découvert par une collaboration de chercheurs finlandais, néo-zélandais, américains et canadiens, dont les travaux sont publiés dans la revue *Brain*. « C’est une bonne pièce ajoutée au puzzle pour mieux comprendre l’origine cérébrale du bégaiement », confirme Guillaume Herbet, neuroscientifique spécialiste du sujet au CHU de Montpellier.
Le bégaiement apparaît le plus souvent avant l’âge de 4 ans, au moment où la parole se met en place par un intense apprentissage. Il concerne environ 5 % des enfants de cet âge, dont une majorité de garçons, et subsiste parfois à l’âge adulte. Longtemps perçu comme un trouble purement psychologique, le bégaiement est désormais reconnu comme ayant des racines neurologiques.
Les chercheurs ont étudié des patients ayant subi un AVC et développé par la suite des troubles de l’élocution. En analysant les zones du cerveau touchées par l’accident vasculaire, ils ont pu identifier un réseau spécifique impliqué dans le contrôle de la parole et des émotions. Ce réseau, situé principalement dans l’hémisphère gauche du cerveau, inclut des structures telles que l’aire de Broca, responsable de la production du langage, et l’amygdale, impliquée dans la gestion des émotions.
Les résultats de l’étude montrent que des lésions dans ces régions peuvent entraîner des difficultés à coordonner les mouvements nécessaires à la parole, particulièrement en situation de stress. « Cela explique pourquoi le bégaiement peut s’aggraver dans des contextes émotionnels intenses », explique un des co-auteurs de l’étude. « La connexion entre les centres émotionnels et les aires motrices de la parole est cruciale pour une élocution fluide. »
Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour le traitement du bégaiement. Jusqu’à présent, les thérapies reposaient principalement sur des techniques de rééducation orthophonique et des approches comportementales. Comprendre les mécanismes cérébraux à l’origine du bégaiement permettrait de développer des interventions plus ciblées, potentiellement en utilisant des techniques de stimulation cérébrale non invasive.
L’étude a également des implications pour la compréhension du développement du langage chez les enfants. Si les chercheurs peuvent identifier les enfants à risque de développer un bégaiement grâce à des marqueurs neurologiques, ils pourraient intervenir plus tôt et de manière plus efficace.
En attendant, ces résultats offrent une lueur d’espoir pour les millions de personnes qui luttent quotidiennement contre le bégaiement. C’est un pas important vers la démystification de ce trouble complexe. Et cela nous rappelle que la parole, cette faculté que nous tenons souvent pour acquise, repose sur une orchestration délicate de multiples fonctions cérébrales.
Source/ Revue Brain

