Urbanisation accélérée, infrastructures saturées, services mal répartis : pour le Grand Lomé, les défis s’accumulent. Mais un nouvel outil géospatial vient de voir le jour pour orienter la ville vers une planification plus durable.
Le constat est sans appel. Entre 2010 et 2022, la population du Grand Lomé est passée de 1,57 million à 2,18 millions d’habitants. Soit une hausse de plus de 600 000 personnes, concentrée sur une superficie inchangée de 373 km². Résultat : un territoire qui s’étale sans logique, des quartiers construits à la hâte, et des services publics incapables de suivre le rythme.
C’est dans ce contexte que le District Autonome du Grand Lomé (DAGL) vient de franchir un cap décisif. Le 30 juillet 2025, il a officiellement validé un référentiel géospatial — une sorte de carte intelligente — conçue pour guider les décisions d’aménagement urbain à moyen et long terme.
Un outil pour ne plus avancer à l’aveugle
Le référentiel en question est le fruit de quatre mois d’enquête terrain. Il compile des données géospatiales, socio-économiques et infrastructurelles collectées dans toute l’agglomération. Objectif : fournir une vue d’ensemble dynamique et précise du territoire, pour que chaque décision publique s’appuie désormais sur des faits et non sur des intuitions.
Concrètement, cela permettra de :
• localiser les quartiers mal desservis en eau, électricité, santé ou éducation,
• anticiper les besoins futurs en logements et services,
• repérer les zones à protéger (zones inondables, terres agricoles menacées),
• planifier les extensions urbaines de manière plus cohérente.
Une réponse à la périurbanisation désordonnée
L’étude révèle ce que les habitants constatent déjà chaque jour : une extension anarchique des zones d’habitation, notamment vers les périphéries, sur d’anciennes terres agricoles ou zones non viabilisées. Le manque de coordination entre urbanisation, infrastructures et transports a créé un territoire fragmenté, où l’accès aux services dépend souvent du lieu de résidence.
Les conséquences sont multiples : engorgement des routes, éloignement des écoles, problèmes d’assainissement, ou encore inégalités criantes entre les quartiers. Difficile de parler de « développement inclusif » quand certains secteurs cumulent les retards depuis des années.
Du diagnostic à l’action : encore un cap à franchir
Si le référentiel géospatial marque une avancée importante, encore faut-il qu’il ne reste pas dans les tiroirs. Il devra désormais s’inscrire dans le Schéma National d’Aménagement du Territoire (SNAT) à l’horizon 2045, qui vise à structurer le développement du Togo de manière plus équilibrée.
Le DAGL ambitionne, à travers cette démarche, de faire du Grand Lomé une métropole multipolaire et résiliente, capable d’absorber sa croissance sans s’effondrer sur elle-même. Mais cela demandera des choix forts, une volonté politique constante, et surtout une coordination rigoureuse entre les institutions locales, les partenaires techniques et les citoyens.
Une carte, oui, mais pour quel cap ?
Le référentiel géospatial ne règlera pas tout. C’est un outil de pilotage, pas une baguette magique. Mais il marque un changement de culture : celle d’une gestion urbaine qui ne repose plus sur l’improvisation, mais sur l’analyse des réalités du terrain.
Dans une ville où chaque mètre carré compte, il était temps de savoir où l’on va. Maintenant, reste à y aller.
La Rédaction

