Dans un Liban en reconstruction, où les cicatrices de la guerre et de la crise économique restent béantes, des travailleuses domestiques tentent de se réinventer après avoir échappé à des employeurs abusifs. Ces femmes, en grande majorité des migrantes venues d’Afrique ou d’Asie, incarnent une lutte silencieuse pour la dignité et la justice sociale dans un pays marqué par l’effondrement de son économie et la fragilité de ses institutions.
Un quotidien marqué par l’exploitation
Le système du kafala, toujours en vigueur au Liban, lie le statut légal des travailleuses domestiques à leurs employeurs, créant un déséquilibre de pouvoir qui favorise les abus. Enfermées, privées de salaire ou même victimes de violences physiques, ces femmes se retrouvent souvent sans ressources pour fuir leurs conditions de travail.
« On nous traite comme des machines, pas comme des êtres humains », témoigne Sarah*, une femme venue d’Éthiopie qui a travaillé pendant cinq ans pour une famille à Beyrouth. Son passeport confisqué, elle a survécu grâce à l’aide d’une amie qui l’a cachée après qu’elle s’est enfuie.
La double peine : guerre et crise économique
À ces difficultés s’ajoute la crise multidimensionnelle qui frappe le Liban depuis 2019. La dévaluation massive de la livre libanaise, la pénurie de produits de première nécessité et les ravages causés par l’explosion au port de Beyrouth en 2020 ont exacerbé les conditions de vie des travailleuses domestiques.
Beaucoup d’entre elles se sont retrouvées abandonnées par leurs employeurs incapables de payer leurs salaires. Sans permis de séjour en règle, elles ont dû survivre dans un pays où les opportunités sont rares, même pour les citoyens libanais.
L’émancipation par la solidarité
Face à cette adversité, certaines travailleuses ont choisi de s’organiser. Des collectifs, comme Egna Legna Besidet, regroupent des femmes migrantes pour leur offrir une entraide précieuse. Ces organisations fournissent un soutien psychologique, une assistance juridique et des formations pour aider les migrantes à se réinsérer.
L’une des initiatives les plus remarquables est la création de petites coopératives. Ces projets permettent aux femmes de développer des compétences artisanales ou culinaires et de générer des revenus indépendants, loin de la tutelle d’un employeur.
« Nous voulons prouver que nous pouvons vivre sans dépendre de personne », affirme Amina*, une ancienne domestique originaire de Sierra Leone qui vend désormais des pâtisseries africaines dans un marché de Beyrouth.
Une lueur d’espoir
Malgré les défis, ces femmes tracent leur chemin vers une vie meilleure. Si des réformes sont régulièrement demandées par des associations locales et internationales pour abolir le système de kafala, les avancées concrètes restent limitées.
Le combat des travailleuses domestiques du Liban symbolise un espoir fragile mais tenace dans un pays où la reconstruction ne se limite pas aux infrastructures, mais touche aussi aux droits fondamentaux.
Pour ces femmes, reconstruire signifie non seulement échapper à l’exploitation, mais aussi redécouvrir leur dignité et leur autonomie.
La Rédaction

