Région des Plateaux : la montagne où renaît la République
Dans notre grande série sur les cinq régions du Togo, du sud au nord. Après la région Maritime, nous poursuivons notre exploration avec la région des Plateaux, terre de reliefs, de cultures enracinées et d’initiatives locales. Plongez avec nous dans cette deuxième étape de notre voyage au cœur de nos territoires.
Depuis les sommets brumeux de Danyi jusqu’aux marchés rouges de Kpalimé, la région des Plateaux se réveille. Longtemps marginalisée dans l’imaginaire national, elle revient désormais au centre du jeu politique, culturel et territorial. Ici, la décentralisation n’est pas qu’un mot de technocrate : elle prend racine dans les vallées, dans les mains calleuses des artisans et dans la parole retrouvée des communautés. L’État, pour une fois, y agit concrètement. Et dans cette géographie escarpée, quelque chose de la République semble vouloir renaître.

Une région-pivot dans la nouvelle architecture territoriale
La région des Plateaux a vu naître en janvier 2025 son tout premier Conseil régional, dans le cadre de la mise en œuvre de la décentralisation renforcée portée par la Cinquième République. Avec lui, des secrétaires généraux régionaux, comme Aimé Koffi Vidouté, ont été nommés pour coordonner les projets avec le gouvernement central. La création de Conférences Administratives Régionales (CAR) permet aussi un dialogue structuré entre préfets, forces de sécurité, élus locaux et responsables techniques. Loin d’être une simple vitrine, cette architecture territoriale commence à produire ses premiers effets sur le terrain.
Routes, écoles, hôpitaux : les chantiers se multiplient
Dans les préfectures de Wawa, Ogou, Haho et Kloto, plusieurs infrastructures sont en cours de réhabilitation ou de construction. À Atakpamé, le Centre hospitalier régional a bénéficié d’un programme de modernisation dans le cadre de la Couverture Santé Universelle. À Datcha, le chantier d’une troisième université publique a été officiellement lancé en décembre 2023. L’éducation technique n’est pas en reste : de nouveaux équipements ont été déployés dans les lycées professionnels de Kpalimé et Elavagnon. Par ailleurs, l’État travaille à la connectivité numérique en installant des points d’accès publics à Internet dans les chefs-lieux de commune.
Kpalimé, carrefour de l’artisanat et laboratoire civique

Dans cette ville au pied des montagnes, l’artisanat n’est plus seulement décoratif : il devient moteur économique. Les collectifs de jeunes artisans en batik, vannerie ou sculpture sont désormais accompagnés par le Fonds national de développement local. Des coopératives féminines, souvent soutenues par le FAIEJ, produisent savon, cacao bio et textiles. Certaines communes, comme Kloto 1 et Kloto 2, expérimentent même des programmes d’écotourisme encadré, reliant artisanat, spiritualité et découverte environnementale. Kpalimé devient ainsi un terrain d’innovation, où la République se décline en projets concrets.
Atakpamé et Amlamé : des pôles secondaires en construction

La ville d’Atakpamé, souvent considérée comme un carrefour de passage, entre dans une nouvelle dynamique. L’ICAT y soutient des projets de transformation du manioc et du soja, pendant que le MIFA accompagne les jeunes producteurs vers la mécanisation agricole. À Amlamé, des projets pilotes de fermes communautaires voient le jour, intégrant aussi bien les jeunes sans emploi que des femmes veuves. L’installation de zones agro-industrielles dans la région est également en discussion, dans le cadre d’un partenariat État-secteur privé.
Culture et mémoire comme piliers de cohésion régionale

La région des Plateaux regorge de traditions puissantes : les luttes Evala dans certaines communes mixtes, les récits akposso, les danses Kabyè ou encore les fêtes de la forêt. L’État entend capitaliser sur ces ressources culturelles. Un projet pilote d’école bilingue (Ifè-français) est en cours dans la préfecture de Haho. Le Festival des savoir-faire de la région des Plateaux, en préparation avec les directions régionales de la culture, devrait valoriser ces patrimoines, tout en stimulant l’économie locale. De petits musées communautaires, à Danyi ou Kpélé, sont aussi soutenus par les autorités locales.
Des microprojets pour préparer le développement régional

En juin 2025, le gouvernement a lancé 23 microprojets dans quinze communes pilotes du pays, dont plusieurs dans la région des Plateaux : Haho 1, Est-Mono 1 et Agou 1. Ces projets, financés à hauteur de 168,85 millions FCFA, visent à renforcer l’accès à l’eau, à l’assainissement, à la formation professionnelle et aux services sociaux de base. Ces actions s’inscrivent dans un processus plus large : la construction d’un Plan de Développement Régional (PDR), officiellement amorcé en juillet 2025 avec l’appui de partenaires internationaux comme la coopération allemande.
Un avenir qui prend forme

Dans les Plateaux, la République n’est pas qu’une abstraction constitutionnelle. Elle devient tangible : dans un marché réhabilité, dans une femme devenue maire, dans un jeune formé au métier de mécanicien agricole. Le relief n’a pas changé, les routes sont parfois encore poussiéreuses. Mais l’idée d’un État qui écoute, qui redistribue, qui respecte les rythmes locaux, fait son chemin. Et si le Togo devait réapprendre à se penser depuis ses régions, alors les Plateaux pourraient bien être son point de départ.
La Rédaction

