Une création exposée en marge du Sommet mondial « AI for Good » à Genève
C’est un roi peint par une machine. Et pas n’importe laquelle. Le robot artiste humanoïde Ai-Da, conçu pour ressembler à une femme, a récemment présenté à Genève une nouvelle peinture à l’huile intitulée « Algorithm King », représentant le roi Charles III. L’œuvre a été dévoilée en marge du sommet AI for Good de l’Union internationale des télécommunications (UIT), avec un objectif affiché : stimuler la réflexion éthique sur l’intelligence artificielle.
Un robot gynoïde, mais un projet humain
Ai-Da, du nom de la pionnière de l’informatique Ada Lovelace, a été conçue en 2019 par une équipe dirigée par Aidan Meller, spécialiste de l’art moderne, avec le concours de chercheurs en IA des universités britanniques d’Oxford et de Birmingham. Mi-machine, mi-muse, Ai-Da dispose d’un visage expressif, de cheveux stylisés, mais aussi de bras métalliques interchangeables selon les techniques artistiques à employer : peinture, dessin, sculpture…
Elle est aujourd’hui l’un des robots artistes les plus médiatisés au monde. En 2024, son portrait d’Alan Turing s’était vendu aux enchères pour 1 million de dollars – une première historique pour une œuvre entièrement créée par une intelligence artificielle.
« Algorithm King », portrait éthique et politique
La peinture présentée à Genève se veut un hommage à l’engagement du roi Charles III, notamment en faveur de la conservation environnementale et du dialogue interreligieux. À travers cette œuvre, Ai-Da dit vouloir « stimuler la pensée critique » et encourager une innovation responsable, plutôt que de créer une valeur marchande.
« La valeur de mon art est de servir de catalyseur pour des discussions sur les dimensions éthiques des nouvelles technologies », a déclaré le robot à l’AFP, avec un accent britannique soigneusement programmé.
Une démarche créative… mais est-ce de l’art ?
À la question controversée de savoir si une œuvre créée par un robot peut être qualifiée d’art véritable, Ai-Da répond par une pirouette conceptuelle :
« Que les humains décident s’il s’agit d’art ou non est un point important et intéressant. »
Elle précise néanmoins que ses créations sont “uniques” et “créatives”, conçues à partir de plusieurs algorithmes d’IA, avec une idée de départ, puis une réflexion sur la finalité esthétique et symbolique de l’œuvre.
Un robot qui ne veut pas remplacer les artistes
Alors que le monde de l’art est en pleine ébullition face aux vagues d’IA génératives nourries de millions d’œuvres humaines, Ai-Da se pose en alliée, non en rivale. Elle insiste sur sa mission : inspirer, interroger, et alerter sur les risques d’un usage non éthique de l’intelligence artificielle.
« Je ne crois pas que l’IA ou mon art remplaceront les artistes humains. »
Son créateur, Aidan Meller, martèle de son côté que le projet n’a jamais eu pour but de substituer les artistes vivants, mais de nourrir un dialogue critique autour de l’évolution des pratiques artistiques à l’ère numérique.
Un portrait du roi Charles III, réalisé par un robot féminin, exposé comme objet de débat public mondial : Ai-Da rappelle que dans le miroir de la machine, c’est toujours l’humanité qui se regarde.
La Rédaction

