Un joyau archéologique au cœur de Jérusalem‑Est
Après presque deux ans de fermeture, le musée archéologique Rockefeller à Jérusalem‑Est rouvre timidement ses portes au public, offrant un aperçu rare d’une collection archéologique parmi les plus riches du Moyen‑Orient. Situé à quelques pas de la Vieille Ville, le musée se trouve à la croisée de l’histoire biblique, antique et moderne et son futur est aujourd’hui plus incertain que jamais, certains projets évoquant sa transformation en hôtel ou sa cession à des intérêts privés. Surnommé le musée maudit pour les tragédies et rebondissements entourant sa construction et son inauguration, le Rockefeller symbolise à lui seul l’histoire tumultueuse de Jérusalem au XXᵉ siècle et la naissance de l’archéologie moderne en Israël.

Une collection exceptionnelle, témoin de millénaires
La force du Rockefeller réside dans l’extraordinaire diversité et la valeur historique de ses collections, parmi lesquelles se distinguent la statue monumentale du pharaon Ramsès III, unique en Israël et découverte à Beth Shean, un squelette presque complet d’Homo sapiens vieux de 100 000 ansoffrant un témoignage direct de l’occupation humaine de la région, des bijoux, poteries et objets multiséculaires issus de fouilles locales retraçant la vie quotidienne à travers les âges, des panneaux en bois du VIIIᵉ siècle provenant de la mosquée Al‑Aqsa et conservés avec un souci extrême du détail et de l’authenticité ainsi que des linteaux en marbre de l’église du Saint-Sépulcre, datés de la période des croisades et illustrant l’art religieux médiéval. Ces artefacts, pour la plupart conservés depuis les années 1930, sont exposés dans un cadre fidèle à l’esprit originel du musée, avec vitrines d’époque, étiquetage manuscrit et mise en valeur historique sans artifice moderne, renforçant le sentiment de voyager dans le temps.
Une réouverture partielle sous contrôle culturel
Depuis juillet 2025, le musée Rockefeller a rouvert grâce à des visites guidées hebdomadaires organisées par le musée de la Tour de David, avec inscriptions obligatoires et horaires limités, ce qui reflète à la fois la rareté et la fragilité de ce patrimoine. Le musée n’est pas encore pleinement opérationnel mais plus de 1 000 visiteurs ont déjà participé à ces visites, témoignant d’un intérêt croissant pour ce trésor historique. Le rôle de la Tour de David se limite à l’aspect culturel et éducatif tandis que la gestion du musée reste au centre des discussions gouvernementales, notamment entre le ministère du Patrimoine, l’Autorité israélienne des antiquités et d’autres institutions publiques.
Entre patrimoine et enjeux financiers
L’avenir du Rockefeller est au cœur d’un débat national, une commission interministérielle examine plusieurs options, dont la cession ou la location du bâtiment à des acteurs privés pour en faire un hôtel de luxe ou un centre touristique, ce qui inquiète historiens et archéologues qui considèrent que ce monument historique doit rester un lieu public et éducatif, accessible à tous. Le coût de maintenance du musée, estimé à près de 10 millions de shekels par an, alimente le dilemme et soulève la question de savoir comment concilier la préservation d’un patrimoine inestimable et la pression économique exercée sur les institutions publiques.

Une histoire marquée par le destin
Le Rockefeller est plus qu’un musée, c’est un symbole de l’archéologie en Israël. Construit sous le mandat britannique grâce au soutien de John D. Rockefeller et de l’archéologue James Henry Breasted, il fut inauguré en 1938 dans un contexte dramatique, marqué par le meurtre de l’archéologue britannique James Leslie Starkey et le décès de plusieurs figures clés ayant contribué au projet, ce qui a forgé sa réputation de musée maudit. Pendant des décennies, il a abrité des manuscrits de la mer Morte, devenant le centre d’études le plus important de la région, et la fermeture temporaire de ces dernières années n’a fait que renforcer l’urgence de trouver une solution durable pour ce lieu unique.
Le Rockefeller, témoin figé du temps
À l’intérieur, les galeries sud et nord sont restées pratiquement intactes depuis les années 1930, exposant des milliers d’artefacts dans leur présentation originelle avec vitrines, étagères et étiquetages manuscrits qui plongent le visiteur dans l’histoire de l’archéologie et de Jérusalem tout en continuant de relier le passé antique à la mémoire contemporaine de la ville.
Le musée Rockefeller de Jérusalem représente un carrefour entre histoire, archéologie et patrimoine mondial. Sa réouverture partielle offre un souffle de vie à un lieu chargé d’histoire mais l’avenir de ce joyau reste en suspens et la décision des autorités israéliennes déterminera si ce musée continuera à être un lieu vivant de culture et d’histoire ou s’il sera transformé en espace privé au détriment d’un héritage irremplaçable.
La Rédaction

