États-Unis – Le 19 septembre 1863, au cœur de la bataille de Chickamauga, Jacob Miller reçoit une balle presque exactement entre les deux yeux. Son unité se replie et le laisse derrière elle, le croyant mort. Pourtant, le soldat reprend connaissance, tente de rejoindre les lignes de l’Union et survit à une blessure qui aurait pu lui être fatale. Il vivra encore plus de six décennies.
Laissé pour mort sur le champ de bataille
Jacob Miller sert dans la compagnie K du 9e régiment d’infanterie volontaire de l’Indiana pendant la guerre de Sécession. À Chickamauga, en Géorgie, son unité affronte les forces confédérées lorsqu’un projectile le frappe au centre du front.
La blessure est spectaculaire. Selon le dossier médical repris en 1884 par la Chambre des représentants américaine lors de l’examen de sa pension, la balle pénètre entre les sourcils, fracture l’os frontal et atteint le sinus frontal gauche.
Miller s’effondre. Lorsque ses camarades doivent reculer, ils le pensent mort et l’abandonnent sur le terrain. Il finit pourtant par reprendre connaissance derrière les lignes ennemies.
Du sang sur le visage et un fusil pour béquille
Dans le récit qu’il livrera des décennies plus tard, Miller raconte avoir eu le visage couvert de sang et la vision gravement atteinte. Malgré son état, il entreprend de retrouver les troupes de l’Union.
Il utilise son fusil comme appui pour avancer et improvise un pansement avec un morceau de tissu. Il perd de nouveau connaissance au cours de son parcours, mais parvient finalement à rejoindre les siens et à recevoir des soins.
Sa survie est d’autant plus remarquable que la médecine militaire de 1863 disposait de moyens très limités face à une telle blessure crânienne.
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La balle retirée neuf mois plus tard
Les médecins ne procèdent pas immédiatement à l’extraction du projectile. Miller raconte avoir attendu environ neuf mois avant de pouvoir rentrer dans l’Indiana et subir une intervention.
En juin 1864, la balle principale est finalement retirée. L’histoire ne s’arrête pourtant pas là. Selon son propre témoignage, des morceaux de plomb seraient encore sortis de la zone de la blessure bien plus tard, dont un premier environ 17 ans après Chickamauga et deux autres quelque 31 ans après.
Il conservera de lourdes séquelles, notamment des problèmes de vision, d’audition et une plaie qui continuera à le faire souffrir pendant des années.
Une histoire vraie déformée par Internet
Au fil du temps, le récit de Jacob Miller a été amplifié. Certaines versions affirment qu’il aurait vécu pendant des décennies avec une balle logée dans le cerveau. Les documents officiels ne disent pas cela : le projectile avait atteint son sinus frontal gauche, avant d’être extrait en 1864.
Une autre confusion concerne son identité. Le soldat blessé à Chickamauga est parfois présenté comme « Jacob C. Miller », titulaire de la Medal of Honor. Or ce dernier appartenait au 113e régiment d’infanterie de l’Illinois et fut décoré pour une action menée à Vicksburg. Il s’agit de deux parcours militaires différents.
Plus de six décennies après Chickamauga
Le Jacob Miller du 9e Indiana aurait vécu jusqu’en 1927, soit plus de 63 ans après la balle reçue à Chickamauga. Une nécrologie le présentait encore comme le vétéran connu pour cette extraordinaire blessure au front.
Son histoire n’a donc nul besoin des exagérations ajoutées au fil des générations. Recevoir une balle entre les yeux en pleine guerre de Sécession, être laissé pour mort, retrouver ses lignes, attendre neuf mois avant l’extraction du projectile puis vivre encore plus de six décennies constitue déjà un destin suffisamment improbable.
La Rédaction

