Le procureur en chef de la Cour pénale internationale s’est mis en retrait après l’ouverture d’une enquête pour inconduite sexuelle. Une situation sans précédent qui ébranle l’autorité morale d’une institution déjà contestée sur la scène internationale.
Une mise en congé volontaire aux allures de crise
Karim Khan, 54 ans, figure centrale du système judiciaire international, a décidé le 16 mai 2025 de se retirer provisoirement de ses fonctions à la tête du parquet de la CPI. Cette décision fait suite à l’ouverture d’une enquête indépendante menée par le Bureau des services de contrôle interne des Nations unies. Si les détails de l’affaire demeurent confidentiels, les accusations porteraient sur des comportements à caractère sexuel jugés inappropriés dans l’exercice de ses responsabilités.
Dans un message transmis aux États parties, le procureur britannique affirme vouloir « préserver l’intégrité de la Cour » en se mettant « en congé jusqu’à la fin de la procédure ». Cette posture vise à désamorcer la tempête judiciaire et médiatique qui menace la crédibilité d’une juridiction souvent critiquée pour sa partialité perçue et sa lenteur.
Une institution fragilisée au cœur des tensions géopolitiques
Cette affaire survient alors que la CPI se trouve déjà sur une ligne de crête. L’institution est la cible de pressions croissantes, notamment de la part de certains États qui dénoncent une justice « à double vitesse ». Les récents mandats d’arrêt lancés contre des dirigeants israéliens et du Hamas, dans le cadre de l’enquête sur le conflit à Gaza, ont ravivé les tensions politiques autour de la Cour.
Dans ce contexte explosif, la mise en cause de son plus haut responsable porte un coup sévère à sa légitimité. Les détracteurs de la CPI, dont plusieurs grandes puissances non membres comme les États-Unis, la Russie ou la Chine, pourraient s’en servir pour remettre en cause son autorité. Quant aux États africains, souvent critiques d’une justice internationale jugée sélective, certains y verront une confirmation de leurs accusations récurrentes de biais institutionnel.
Une transition délicate à La Haye
En l’absence de Karim Khan, c’est son adjointe, Nazhat Shameem Khan, qui devrait assurer l’intérim à la tête du bureau du procureur. L’ex-diplomate fidjienne, respectée pour son intégrité, devra à la fois gérer les dossiers brûlants en cours et apaiser les inquiétudes internes. Car cette crise ne touche pas seulement l’image externe de la CPI : elle soulève aussi des questions sur la culture institutionnelle et les mécanismes internes de régulation.
Le silence du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, et la prudence des États parties à ce stade témoignent de la sensibilité du dossier. Dans les coulisses, plusieurs capitales observent avec attention l’évolution de l’enquête, conscientes qu’elle pourrait remodeler l’équilibre déjà précaire de la justice pénale internationale.
La Redaction

