L’agriculture biologique, système de production qui privilégie le recyclage des ressources et exclut l’usage d’intrants chimiques de synthèse, requiert des moyens considérables et une certification rigoureuse. Ce mode de production attire de plus en plus d’attention, comme l’a montré une discussion récente au Salon International de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, où les acteurs ont débattu des défis de ce secteur.
Selon Kossivi Koudjega, spécialiste en sol et fertilité et coordonnateur scientifique à l’Institut Togolais de Recherche Agronomique (ITRA), le terme “intrant” regroupe tous les éléments nécessaires à la production, tels que les semences, engrais, et divers produits de traitement. L’agriculture biologique consiste à produire sans recourir à ces substances chimiques, un choix qui répond à deux grands enjeux.
Santé et consommation responsable
Le premier enjeu est celui de la santé humaine. L’usage de produits chimiques en agriculture laisse des résidus dans les aliments, susceptibles de nuire à la santé des consommateurs et des animaux. Ce risque incite de nombreux consommateurs à rechercher des aliments exempts de produits chimiques, créant ainsi un marché pour les produits biologiques. Toutefois, la transition vers une production biologique demande une expertise spécifique et des ressources financières importantes, ce qui limite le nombre de producteurs engagés dans ce domaine. “Le respect des normes strictes de production rend les produits biologiques plus coûteux sur le marché, mais cela ouvre des opportunités économiques pour les producteurs qui s’y engagent”, souligne Koudjega.
Une opportunité économique à conquérir
Outre la santé, le deuxième enjeu majeur est économique. L’agriculture biologique représente un secteur porteur, mais de nombreux agriculteurs peinent à franchir le cap en raison des contraintes qu’elle impose. “La transition de l’agriculture conventionnelle vers une agriculture biologique est complexe, nécessitant un accompagnement spécialisé pour obtenir la certification bio”, explique le coordonnateur scientifique. Cette certification, essentielle pour garantir la conformité aux normes biologiques, engendre des coûts non négligeables.
Le rôle de l’ITRA dans le soutien aux producteurs
L’ITRA, bien que ne délivrant pas directement de certifications biologiques, joue un rôle crucial dans l’accompagnement des producteurs. L’institut effectue des analyses approfondies pour évaluer les caractéristiques des produits, comme le taux de glucides ou la toxicité, afin de faciliter leur exportation. “Nous disposons d’un laboratoire dédié à l’analyse des produits alimentaires. Lorsque des producteurs locaux souhaitent exporter, nous les aidons à déterminer les propriétés de leurs produits, un élément clé pour les marchés internationaux”, précise Koudjega.
Cependant, il souligne que les acteurs du secteur n’ont pas toujours les mêmes priorités, et que la responsabilité reste un point sensible. L’agriculture biologique, bien que séduisante sur le papier, nécessite une volonté claire de se conformer aux exigences du marché. “Il est important d’encourager les jeunes à se tourner vers cette voie, mais ils doivent savoir que la certification est un passage obligé”, conclut l’expert.
L’agriculture biologique se distingue par ses vertus sur la santé et ses promesses économiques. Pourtant, les obstacles pour y parvenir sont nombreux, nécessitant des investissements, un accompagnement technique et une certification rigoureuse pour répondre aux attentes des consommateurs.
La Rédaction

