Les transports publics jouent un rôle vital dans les grandes villes du monde, facilitant chaque jour les déplacements de millions de personnes. Pourtant, le paiement en espèces, encore largement utilisé, freine l’efficacité de ces systèmes, engendrant files d’attente, litiges et pertes financières. Face à ces limites, les paiements par carte sans contact apparaissent comme une solution innovante.
Cependant, trois semaines après la récente mise en place d’une nouvelle phase du paiement par carte sans espèces dans les transports publics de Lagos, seulement 15 % des voyageurs utilisent pleinement ce système, révélant un scepticisme persistant envers cette technologie.
Pourquoi la résistance au paiement numérique ?
L’adoption du paiement sans espèces dans les transports publics reste compliquée dans de nombreuses économies émergentes, et Lagos ne fait pas exception. Plusieurs facteurs expliquent ce scepticisme persistant :
• Faible culture numérique et accès limité aux smartphones : bien que le Nigeria compte environ 170 millions d’abonnements mobiles, seuls 10 à 20 % de la population disposent d’un smartphone adapté aux paiements numériques.
• Taux élevé de non-bancarisés : en 2024, 60 % des Nigérians n’avaient pas accès aux services bancaires, freinant l’usage des cartes et portefeuilles mobiles.
• Méfiance envers les technologies financières : crainte de fraudes, de frais cachés, d’échecs techniques et d’absence de recours clairs en cas de litige.
• Préoccupations liées à la vie privée : les usagers redoutent la surveillance des données de localisation, ce qui les pousse à préférer les espèces, plus anonymes.
• Infrastructure numérique limitée : accès internet instable, bornes de paiement souvent défaillantes et réseaux mobiles peu fiables, compliquent l’usage quotidien.
Un utilisateur témoigne :
« Parfois, la carte ne fonctionne pas, le réseau est mauvais, et vous êtes bloqué. L’argent liquide ne tombe pas en panne comme ça. »
L’intégration difficile des opérateurs informels
Lagos compte une large part de transporteurs informels, qui gèrent leurs recettes exclusivement en espèces. Ces acteurs craignent que le paiement numérique ne complique leur gestion et réduise leur autonomie financière. Leur intégration dans un système hybride est un défi majeur.
Vers une transition inclusive et sécurisée
Malgré ces obstacles, le paiement sans contact offre des avantages cruciaux : inclusion financière, planification urbaine facilitée grâce aux données, réduction des fraudes et fluidification des déplacements. Pour réussir la transition, plusieurs mesures sont indispensables :
• Campagnes de sensibilisation et d’éducation numérique afin de familiariser les usagers aux outils et rassurer sur la sécurité.
• Renforcement des infrastructures digitales pour garantir la fiabilité des services, notamment dans les zones les plus fréquentées.
• Politiques strictes de protection des données personnelles, assurant transparence, contrôle citoyen et lutte contre les abus.
• Partenariats public-privé pour combiner expertise technologique et connaissance du terrain. L’expérience sud-coréenne avec le système T-Money constitue un exemple à suivre.
Le chemin vers un système de paiement sans espèces dans les transports publics de Lagos reste semé d’embûches. Le succès dépendra de la capacité des acteurs publics et privés à construire un modèle hybride, qui respecte les contraintes sociales, économiques et techniques locales tout en préparant l’avenir numérique de la mobilité urbaine.
La Rédaction

