L’Afrique du Sud, bien que récemment engagée dans une action en justice contre Israël pour génocide devant la Cour internationale de justice (CIJ), est aujourd’hui le principal fournisseur de charbon de ce même pays, après la Russie. Depuis la fin de l’apartheid, Pretoria critique sans relâche l’occupation israélienne en Palestine et a même œuvré pour empêcher Israël d’obtenir le statut d’observateur auprès de l’Union africaine.
L’initiative sud-africaine de poursuivre Israël devant la CIJ pour avoir violé la Convention des Nations Unies sur le génocide, à la suite des bombardements et de la famine perpétrés contre les Palestiniens à Gaza, a été perçue par de nombreux observateurs comme un retour à un rôle de leader moral sur la scène internationale.
Cependant, alors que l’Afrique du Sud se positionne comme l’un des principaux alliés de la Palestine sur le continent, elle est également accusée d’alimenter l’appareil militaire israélien, qui a causé la mort de plus de 40 000 Palestiniens en raison de la violence et des bombardements.
Une responsabilité controversée
Environ 15 % du charbon consommé par Israël provient d’Afrique du Sud. Ce pays est devenu son principal fournisseur de charbon (après la Russie) suite à l’interdiction par le président colombien Gustavo Petro des exportations de charbon vers Israël, invoquant l’utilisation de ce charbon contre les Palestiniens. Depuis octobre 2023, près de 500 kilotonnes de charbon ont été exportées vers Israël via le terminal de Richards Bay.
La coalition “Global Energy Embargo for Palestine” soutient que ces exportations de charbon permettent à Israël de poursuivre ses opérations militaires et de soutenir des colonies israéliennes illégales dans les territoires palestiniens occupés. Un représentant de cette coalition a déclaré : « La réalité du génocide auquel sont confrontés les Palestiniens est rendue possible par des fournitures de pays du monde entier, y compris l’Afrique du Sud. Nous appelons le gouvernement sud-africain à imposer un embargo immédiat sur les exportations de charbon vers Israël. »
Cette coalition rassemble des syndicats, des groupes civiques et des mouvements de solidarité, y compris le Congrès des syndicats sud-africains et son affilié, le Syndicat national des mineurs, qui soutiennent également cette interdiction.
Complicité et responsabilité
Irene Pietropaoli, chercheuse à l’Institut britannique de droit international et comparé, met en garde contre la complicité des gouvernements et des entreprises dans les violations du droit international humanitaire par Israël. Elle souligne que les matériels fournis par des pays tiers pourraient les exposer à des accusations de complicité de génocide. Les entreprises sud-africaines impliquées dans l’exportation de charbon, comme Sasol et Glencore, ont également été interrogées sur leur rôle.
Bien que Glencore ait rejeté ces accusations, le débat autour de la responsabilité des entreprises dans les violations du droit international persiste. Le ministère sud-africain des Relations internationales est en train d’examiner l’utilisation du charbon exporté en Israël et pourrait engager des actions si celui-ci contribue à des violations.
Relations diplomatiques tendues
Les relations entre l’Afrique du Sud et Israël sont marquées par des tensions depuis la fin de l’apartheid. L’Afrique du Sud n’a plus d’ambassadeur à Tel-Aviv depuis 2018, bien que les échanges commerciaux entre les deux pays aient continué de croître, atteignant 1,19 milliard de dollars en 2012 avant de diminuer après les offensives israéliennes à Gaza.
Malgré cette détérioration des relations diplomatiques, l’Afrique du Sud demeure un acteur clé dans le commerce avec Israël, ayant exporté près de 100 millions de dollars de marchandises vers le pays depuis le début de l’année. La question se pose alors de savoir si l’Afrique du Sud contribue à soutenir l’effort de guerre israélien tout en poursuivant sa démarche en justice.
Une lutte pour la justice
Le devoir de prévenir le génocide impose aux États d’agir de manière proactive. Les experts estiment que le gouvernement sud-africain n’a pas pris toutes les mesures à sa disposition pour contrer cette situation. Les appels au boycott et aux sanctions restent des outils puissants qui n’ont pas encore été pleinement exploités par Pretoria.
Bien que les exportations de charbon sud-africaines ne représentent qu’une petite fraction des importations totales d’Israël, elles constituent néanmoins une source d’énergie stratégique pour le pays. Si l’Afrique du Sud désire vraiment jouer un rôle significatif dans la lutte pour la justice en Palestine, il semble impératif qu’elle reconsidère ses exportations de charbon et son impact sur le conflit.
L’Afrique du Sud se retrouve face à un dilemme moral : comment concilier ses engagements envers la Palestine tout en continuant d’alimenter un pays accusé de génocide ? Les actions futures du gouvernement seront révélatrices de sa véritable position sur ce sujet sensible.
La Rédaction

