À Paris, la mémoire noire ne s’éteint jamais vraiment. Elle se transmet, se réinvente et se célèbre, loin des sentiers battus des musées, dans la chaleur et l’intimité de la nuit. Ce dimanche 29 juin 2025, à l’occasion de la clôture de l’exposition « Paris noir : Circulations artistiques et luttes anticoloniales (1950-2000) » au Centre Pompidou, c’est au Keur Samba que cette mémoire vivante trouve son prolongement le plus vibrant.
Keur Samba : un seul nom, trois époques, une continuité

Le Keur Samba est avant tout une histoire de transmission. Le premier Keur Samba, créé dans le Paris des années 1950 par Monsieur Samba, s’est imposé comme un cabaret emblématique de la rue de Rennes, lieu phare des musiques afro-cubaines. Ce premier établissement a su attirer une foule d’artistes et de passionnés, incarnant l’effervescence créative de la diaspora noire parisienne. Plus qu’un simple club, ce cabaret était un creuset culturel où la musique et la convivialité ouvraient la voie à un dialogue entre héritages et modernité.
En 1976, N’Diaye Kane reprend ce flambeau en ouvrant un nouveau Keur Samba rue de La Boétie. Ce lieu, rapidement devenu mythique, perpétue et amplifie la vocation du premier. Sous la houlette de Kane, le club se mue en un véritable salon nocturne où convergent la musique, la politique et les réseaux de la Françafrique. Hommes d’État africains, diplomates, artistes internationaux et figures parisiennes s’y croisent dans une ambiance où la rumba congolaise voisine avec le disco, où les danses africaines croisent les débats d’influence.
Aujourd’hui, ce Keur Samba est le seul club noir parisien à avoir traversé les décennies tout en restant fidèle à cet esprit : un espace unique où la fête dialogue avec la mémoire, où les générations se retrouvent pour écrire, chaque nuit, la suite d’une histoire qui ne cesse de se réinventer.

Une soirée de clôture exceptionnelle : mémoire et création en partage
C’est dans ce cadre vivant que s’inscrit la soirée de clôture de l’exposition « Paris noir ». Organisée en partenariat avec La Marche du Monde (RFI), le Centre Pompidou et le Musée national d’art moderne, cette veillée intitulée « Raconte-moi ton Keur » sera une célébration de la parole, de la musique et de la danse. Animée par Valérie Nivelon et réunissant Franck Hermann Ekra, Christine Eyene, Alicia Knock et Bonaventure Soh Bejeng Ndikung, elle invite à faire dialoguer les voix du passé avec celles du présent.
Parmi les figures évoquées ou honorées ce soir-là : Monsieur Kane, pilier du Keur Samba de la rue de La Boétie, mais aussi Monsieur Samba, fondateur du cabaret des années 50, ainsi que Monsieur Traoré actuel propriétaire, gardien de ce patrimoine vivant. Leur hommage rappelle que la mémoire noire n’est pas un vestige figé, mais une énergie qui circule et renaît à chaque rencontre, chaque rythme, chaque récit partagé.

L’exposition « Paris noir » a révélé une mémoire longtemps invisibilisée dans les institutions, mais qui, dans la pénombre d’une piste de danse, s’incarne pleinement. L’Atlantique noir, métaphore poétique chère à Édouard Glissant, devient un miroir de la diaspora, des filiations et des réinventions culturelles. Ce moment n’est pas une fermeture, mais un passage de relais.
Parce que l’art noir se conserve à travers les époques et se vit.
La Rédaction
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