Le Sénat américain questionne la loyauté stratégique de Nairobi, un an après l’octroi d’un statut militaire privilégié
Le 7 août 2025, le Sénat des États-Unis a ordonné un examen complet et confidentiel du statut d’allié majeur hors-OTAN (MNNA) accordé au Kenya en 2024. Cette décision intervient à la suite d’inquiétudes croissantes concernant les liens présumés de Nairobi avec des puissances rivales, des groupes extrémistes et d’éventuels abus de l’aide militaire américaine.
Une clause discrète, mais explosive dans la loi de défense 2026
L’initiative provient d’un amendement introduit par le sénateur républicain James Risch dans le cadre du National Defense Authorization Act (NDAA) pour l’exercice fiscal 2026. L’amendement S.Amdt.3628 exige que les départements d’État, de la Défense, du Trésor et la communauté du renseignement mènent, sous 180 jours, une enquête classifiée sur le partenariat stratégique avec le Kenya.
Ce que les États-Unis veulent vérifier
Cinq domaines de préoccupation sont ciblés par l’amendement :
1. Relations avec la Chine, la Russie et l’Iran
Le Sénat réclame une évaluation complète des relations politiques, militaires et économiques de Nairobi avec ces puissances, en particulier depuis la reconnaissance du statut MNNA en juin 2024.
2. Connexions avec des groupes armés non étatiques
L’enquête devra déterminer les liens passés ou présents entre le Kenya et des groupes comme les Forces de soutien rapide (RSF) du Soudan ou Al Shabaab en Somalie.
3. Utilisation des aides américaines
Des allégations font état de détournements de l’assistance sécuritaire américaine, notamment dans des cas de torture, enlèvements et violences extrajudiciaires.
4. Risque de refuge pour entités sanctionnées
Les agences de renseignement devront déterminer si le Kenya abrite des individus ou organisations figurant sur la liste OFAC, notamment en provenance du Soudan, du Soudan du Sud, de l’Ouganda ou de la Somalie.
5. Poids grandissant de la Chine
Le Sénat exige la transparence sur le rôle du Kenya dans l’Initiative chinoise “Belt and Road” et sur sa dette croissante vis-à-vis de Pékin.
Une déclaration alarmante : « Opération Main de Dieu »
Dans un message diffusé sur X (anciennement Twitter), le sénateur Risch a déclaré :
« Nous avons validé l’avis global de rupture contre le président William Ruto. L’opération Main de DIEUa été déclenchée avec nos partenaires de la CIA, du NSA, du GCHQ et du NCSC. »
Ce message, bien que non confirmé officiellement, laisse entendre une crise de confiance majeureenvers la présidence kényane et une éventuelle déclassification de renseignements sensibles.
Ce que le Kenya risque concrètement
Aucune suspension immédiate du statut MNNA n’a été annoncée, mais l’examen pourrait déboucher sur :
• Une révocation du statut privilégié,
• Une réduction ou suspension de l’aide militaire américaine,
• Un gel de la coopération en matière de renseignement,
• Une détérioration diplomatique durable entre Nairobi et Washington.
Le Kenya, partenaire stratégique… mais sous pression
Le Kenya avait été salué en 2024 comme le premier pays d’Afrique subsaharienne à obtenir ce statut, preuve d’un alignement stratégique avec les États-Unis dans la lutte contre l’influence chinoise et russe.
Mais des ONG et parlementaires américains ont depuis dénoncé :
• Des opérations militaires opaques en Somalie et au Soudan du Sud,
• Une répression accrue contre les civils,
• Une dépendance technologique à l’égard de la Chine, notamment dans les télécommunications.
L’apport du Kenya en Haïti et dans la lutte antiterroriste
L’amendement reconnaît cependant la contribution significative du Kenya aux missions de l’ONU, en particulier en Haïti où des policiers kényans ont été déployés pour rétablir l’ordre face aux gangs armés.
Le Kenya reste également un acteur clé de la lutte contre Al Shabaab en Afrique de l’Est, un rôle que les États-Unis souhaitent maintenir dans un cadre conforme au droit international.
Et maintenant ?
• Le début de l’enquête est attendu sous 90 jours.
• Un rapport confidentiel devra être soumis aux commissions sénatoriales et parlementaires d’ici février 2026.
• En cas de conclusion défavorable, le statut MNNA du Kenya pourrait être annulé.
Washington, en pleine réévaluation de ses alliances africaines, envoie ainsi un message clair : les privilèges stratégiques ne sont pas inconditionnels. Et le Kenya, désormais, est placé sous haute surveillance.
La Rédaction

