Un canal discret mais stratégique s’ouvre entre deux ennemis historiques. À l’abri des projecteurs, les Émirats arabes unis jouent les intermédiaires entre Israël et la Syrie, dans une initiative diplomatique aussi surprenante que lourde d’enjeux.
Des discussions discrètes, mais bien réelles
Selon des sources citées par Reuters, les Émirats arabes unis orchestrent depuis plusieurs semaines des pourparlers secrets entre des représentants syriens et d’anciens responsables israéliens. Ces échanges, bien qu’indirects, constituent une rare tentative de rapprochement entre deux États officiellement toujours en guerre depuis 1948.
Les discussions, amorcées après la récente visite du président syrien Ahmed al-Sharaa à Abou Dhabi en avril 2025, se concentrent principalement sur les enjeux sécuritaires communs : lutte contre le terrorisme, trafic transfrontalier, et surveillance du Golan occupé. Les services de renseignement syriens seraient directement impliqués dans ces échanges, tandis qu’Israël envoie d’anciens membres de ses services pour préserver une certaine distance politique.
Un rôle régional croissant pour les Émirats
Les Émirats arabes unis confirment leur ambition de devenir un pivot diplomatique au Moyen-Orient. Après avoir normalisé leurs relations avec Israël en 2020 via les Accords d’Abraham, Abou Dhabi s’efforce désormais de s’imposer comme un médiateur crédible, y compris avec des États jusque-là hostiles à Tel-Aviv.
Ce rôle s’inscrit dans une stratégie plus large de “diplomatie pragmatique”, qui voit les EAU multiplier les ponts entre ennemis géopolitiques, qu’il s’agisse de l’Iran et des États-Unis, du Qatar et de l’Égypte, ou encore de la Syrie avec ses anciens frères arabes.
Et Oman dans tout cela ?
Si Oman n’est pas au cœur de ces discussions spécifiques entre Israël et la Syrie, le sultanat conserve une posture de médiateur régional respecté. Récemment, il a accueilli des négociations entre les États-Unis et l’Iran, et continue d’entretenir des relations diplomatiques solides avec Damas. Son rôle plus discret, mais constant, pourrait devenir complémentaire si les discussions entre Israël et la Syrie s’intensifient.
Un processus fragile, mais inédit
Le simple fait que Damas et Tel-Aviv, même par intermédiaires, se parlent à nouveau constitue un événement diplomatique majeur. Car au-delà des intérêts sécuritaires immédiats, c’est tout l’édifice post-guerre froide du Levant qui pourrait être redessiné si ce dialogue venait à se structurer.
Mais la route reste semée d’embûches : la situation en Syrie est encore instable, Israël traverse une période politique polarisée, et l’Iran, allié central de Damas, pourrait voir ces ouvertures comme des lignes rouges franchies.
Ces négociations discrètes, menées par les Émirats arabes unis, révèlent un bouleversement progressif mais profond des équilibres régionaux. Si elles n’aboutissent pas nécessairement à une paix formelle, elles témoignent d’un pragmatisme nouveau dans un Moyen-Orient en recomposition, où même les lignes les plus rigides semblent commencer à bouger.
La Rédaction

