La Commission européenne propose une refonte de la directive « retour » de 2008, visant à harmoniser les expulsions des migrants en situation irrégulière. Au cœur de la polémique : la possibilité de transférer des migrants vers des pays tiers sans lien avec leur pays d’origine. Une mesure dénoncée par Amnesty International comme contraire au droit européen et international.
Le projet s’inscrit dans une logique de durcissement politique, avec pour objectif d’afficher une fermeté migratoire face à des États membres réintroduisant des contrôles aux frontières. Mais les ONG alertent : l’absence de garanties juridiques et la création de centres de rétention externalisés font craindre des violations graves des droits humains. Aucun encadrement précis n’est prévu concernant la durée de détention, ouvrant la voie à des dérives.
Au-delà du flou juridique, le projet soulève des doutes sur sa faisabilité financière. L’UE devra financer des infrastructures lourdes dans des pays tiers, alors que des exemples comme l’accord Royaume-Uni/Rwanda ou le pacte italo-albanais ont déjà montré leurs limites.
Les résistances politiques se multiplient. La France, l’Espagne ou encore l’Irlande s’opposent à une reconnaissance mutuelle des décisions de retour et refusent l’externalisation de la rétention, jugée incompatible avec leurs principes constitutionnels.
Critiquée pour son manque de concertation, la Commission pousse un texte perçu comme un coup politique plus qu’une réforme cohérente. Pour Amnesty, seule une approche centrée sur les retours volontaires, encadrés et respectueux des droits, peut éviter à l’Europe de franchir une ligne rouge juridique et morale.
La Rédaction

