Du 12 au 30 décembre 2025, Lomé inaugure le Harmattan – Togo Photo Festival, un événement qui s’annonce comme l’un des nouveaux carrefours de la photographie contemporaine africaine. Plus qu’un rendez-vous artistique, le festival se proclame espace de récit, où l’image devient mémoire, critique, héritage et futur.
Une première édition pensée comme une proclamation

Le festival ouvre avec un week-end inaugural (12–14 décembre) réparti entre le Musée Paul Ahyi, la Galerie Artemis et le Jardin Edith Equagoo. Les expositions collectives réunissent quinze artistes venant du Togo, du Bénin, du Ghana, du Sénégal, mais aussi d’Italie, de France ou de Colombie. Au-delà de la diversité, Harmattan affirme une volonté : faire de l’Afrique un auteur, et non un sujet.
Les œuvres resteront accessibles jusqu’au 30 décembre, prolongeant l’expérience au-delà des temps officiels d’ouverture et invitant le public à revenir, à réfléchir, à s’approprier les récits visuels.
Repenser l’imaginaire africain

Harmattan ne s’intéresse pas seulement à la beauté de l’image. Il interroge la manière dont l’Afrique se regarde, se raconte et se projette. Ici, la photographie ne sert pas d’illustration : elle devient preuve sociale, outil d’émancipation, expérience politique. Le festival entend rompre avec les archives fabriquées hors du continent et construire un patrimoine visuel issu de ceux qui vivent l’histoire, et non de ceux qui l’observent.
Cette orientation donne au festival une dimension militante : affirmer la photographie africaine contemporaine comme acteur intellectuel autant qu’esthétique.
Ateliers, transmissions et résistances

Au cœur de l’événement, des masterclasses et ateliers (dont un atelier de cyanotype) proposent une logique de transmission. Harmattan ne consomme pas l’art, il le fabrique. Les photographes émergents y trouvent un espace de critique, de technique, mais aussi de réflexion sur les enjeux du regard : Qui montre ? Qui interprète ? Qui légitime l’image africaine ?
Là se forge peut-être le plus grand apport du festival : non pas des expositions, mais une école d’indépendance artistique.
Un festival qui voyage

Dès 2026, les œuvres du festival seront rééditées dans un catalogue international (Artphilein Editions et Boîte Editions), avant d’être exposées successivement à Lugano/Paradiso (Suisse) puis à Milan (Italie). Cette circulation transforme le festival en plateforme diplomatique culturelle, positionnant Lomé comme ville-pilote dans la diffusion des arts visuels africains.
L’Afrique ne sera pas invitée, elle se présentera elle-même.
Pourquoi Harmattan compte

Dans un continent où l’image a longtemps été confisquée, réduite ou exotisée, Harmattan s’impose comme un geste fondateur : dire que l’Afrique n’a plus besoin qu’on parle pour elle, car elle possède désormais ses propres archives, ses propres esthétiques, ses propres regards.
L’événement dépasse la simple programmation : il modifie la géographie symbolique du regard.
La Rédaction

