Un pas de plus vers un retour à l’ordre constitutionnel ? C’est en tout cas le message que souhaite faire passer le général Mamadi Doumbouya. Jeudi 26 juin, un projet de nouvelle Constitution a été officiellement remis au chef de la junte au cours d’une cérémonie retransmise à la télévision nationale guinéenne. Le texte, encore tenu secret, devrait être soumis à référendum le 21 septembre 2025.
Une cérémonie symbolique, un contenu encore inconnu
C’est dans l’écrin solennel du palais Mohammed V que le projet a été présenté, en présence des membres du gouvernement de transition, de représentants religieux et d’ambassadeurs. Dansa Kourouma, président du Conseil National de la Transition (CNT), s’est félicité d’un texte « à la hauteur des ambitions de la Guinée », sans en dévoiler la teneur.
Le Premier ministre Amadou Oury Bah, invité au journal télévisé du soir, a promis une publication « large » du projet afin de permettre aux Guinéens de « se décider en toute connaissance de cause » lors du référendum prévu en septembre.
Boycott de l’opposition et inquiétudes persistantes
Mais cette mise en scène n’a pas convaincu tout le monde. Plusieurs partis politiques d’opposition, notamment l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, exilé depuis plus de trois ans, ont boycotté l’événement. Ils dénoncent un simulacre de transition, orchestré dans un climat de répression.
La junte, arrivée au pouvoir par un coup d’État en 2021, s’était pourtant engagée à organiser une transition inclusive, avec des élections libres avant fin 2024. Ces engagements ont été reportés à plusieurs reprises, nourrissant le scepticisme de la communauté internationale et des acteurs politiques locaux.
Une transition sous conditions
La feuille de route dévoilée en avril fixe désormais un référendum constitutionnel en septembre et des élections présidentielle et législatives en décembre. Mais un point cristallise toutes les inquiétudes : la participation ou non de membres de la junte au scrutin présidentiel.
La charte de transition adoptée après le coup d’État stipule qu’aucun membre des autorités actuelles – junte, gouvernement ou institutions de transition – ne peut se présenter. Or, des voix au sein du pouvoir plaident ouvertement pour une candidature de Mamadi Doumbouya, malgré sa promesse initiale de ne pas briguer le fauteuil présidentiel.
L’adoption d’une nouvelle Constitution pourrait précisément servir à neutraliser cette clause restrictive. Une hypothèse qui alimente les critiques des défenseurs des droits humains, pour qui le projet de réforme constitutionnelle pourrait être un habillage légal à un maintien déguisé au pouvoir.
Le spectre d’un scénario connu
La Guinée n’en est pas à sa première tentative de réforme constitutionnelle à visée politique. En 2020, Alpha Condé avait déjà utilisé ce levier pour briguer un troisième mandat, avant d’être renversé par les militaires l’année suivante. Aujourd’hui, la crainte d’un scénario similaire est bien réelle.
Alors que le pays vit depuis des mois sous un régime d’exception marqué par de fortes restrictions des libertés, l’annonce d’une nouvelle Constitution soulève autant d’espoirs que de doutes. Le référendum de septembre s’annonce donc comme un test crucial : celui de la sincérité de la transition guinéenne.
La Rédaction

