Il aura suffi de quelques heures pour que la décision tombe… puis s’effondre. Le directeur du Grand Théâtre de Dakar, Serigne Fall Gueye, a récemment tenté d’imposer à ses collaboratrices une apparence « authentiquement africaine ». Perruques, tissages et dépigmentation de la peau devaient être bannis, au nom de la « valorisation des valeurs panafricaines ». Mais face à l’indignation générale, cette initiative controversée a été immédiatement désavouée par le ministère de la Culture.
Une note interne à la portée explosive
Le document, rédigé avec fermeté et diffusé en interne, précisait que ces nouvelles règles viseraient à « préserver l’image » du Grand Théâtre. « J’insiste sur l’application stricte de cette mesure », écrivait Serigne Fall Gueye, nommé en 2024 et membre du parti au pouvoir, le PASTEF.
Mais la note, rapidement relayée sur les réseaux sociaux, a suscité une onde de choc. En quelques heures, elle est devenue un symbole de dérive autoritaire dans la gestion d’une institution culturelle.
Sexisme et double standard dénoncés
Le cœur de la polémique ? L’asymétrie flagrante du règlement. Les femmes étaient ciblées, tandis que les attributs vestimentaires dits “non africains” des hommes – costumes occidentaux, cravates – n’étaient pas mentionnés.
Pour Alioune Tine, fondateur du think tank AfrikaJom, cette directive n’était rien d’autre qu’« une atteinte à la liberté individuelle et un abus de pouvoir ». Sur les réseaux, de nombreux internautes ont dénoncé une tentative de contrôle patriarcal maquillée en panafricanisme.
Le revirement en moins de 24 heures
Dès le lendemain, le ministère de la Culture est intervenu. La décision est annulée. Le directeur du Grand Théâtre publie alors un message plus conciliant, évoquant une volonté de « rappeler les valeurs culturelles fondamentales » de l’institution. Il affirme avoir retiré sa note « pour se conformer à la législation en vigueur et protéger les droits des femmes ».
Officiellement, la direction du Grand Théâtre explique que ce retour en arrière a été motivé par « la réaction du public ». Interrogé, Serigne Fall Gueye n’a pas souhaité faire de commentaire supplémentaire.
Identité culturelle ou police esthétique ?
Si l’intention affichée était de promouvoir une certaine image de l’Afrique, l’effet produit a été inverse. L’épisode a mis en lumière une dérive idéologique : vouloir dicter l’apparence des employés d’une institution publique sous couvert de valeurs culturelles devient problématique dès lors que cela empiète sur les droits fondamentaux.
Promouvoir le patrimoine africain, oui — mais à condition de ne pas glisser vers une gouvernance autoritaire, excluante et sexiste. Car la culture, par essence, s’enrichit de liberté, non de contrainte.
La Rédaction

