Planter des arbres ne suffira pas à restaurer durablement les paysages togolais. Encore faut-il que ceux qui les entretiennent puissent en tirer des revenus. Après sept années d’intervention du Mécanisme forêts et paysans (FFF), la perspective d’une troisième phase pose ainsi une question plus profonde : comment faire de la restauration des terres une activité économiquement viable pour les communautés rurales ?
Depuis 2019, plus de 4,6 millions de dollars, soit environ 2,6 milliards de FCFA, ont été mobilisés au Togo dans le cadre du FFF. Le mécanisme, porté par la FAO et ses partenaires, privilégie une approche particulière : investir directement dans les organisations de producteurs forestiers et agricoles plutôt que limiter l’intervention aux opérations ponctuelles de reboisement.
Cette logique part d’un constat simple. Pour qu’un paysage restauré le reste, les producteurs doivent avoir intérêt à préserver les arbres, les sols et les ressources qui assurent également leurs moyens d’existence.
Faire de l’arbre une source de revenus
Les premiers résultats illustrent cette articulation entre environnement et économie rurale. Entre 2019 et 2022, le programme avait notamment accompagné la création de 33 pépinières, la production de quelque 600 000 plants et la restauration de 411 hectares pour la seule année 2022.
Mais le FFF intervient aussi sur l’organisation des producteurs, la transformation, l’accès aux marchés et la création d’entreprises rurales. À l’échelle internationale, cette dimension économique constitue désormais l’un des principaux piliers du mécanisme : la FAO considère les organisations paysannes comme des structures capables à la fois de restaurer les paysages et de développer des activités génératrices de revenus.
Au Togo, cette orientation pourrait prendre davantage d’importance dans une éventuelle troisième phase. « Investir directement dans les organisations de producteurs, c’est renforcer les économies rurales, restaurer les paysages et ouvrir de nouvelles perspectives pour les femmes et les jeunes », résume Oyetounde Djiwa, chargé du bureau de la FAO à Lomé.
Passer du projet à une économie durable
Le prochain enjeu sera donc celui de l’autonomie. Une pépinière, une activité agroforestière ou une unité de transformation ne peut durablement dépendre d’une succession de subventions. Elle doit trouver des clients, accéder au financement et générer suffisamment de revenus pour poursuivre son activité.
Cette évolution rejoint d’ailleurs la nouvelle étape du programme AFR100 au Togo, qui prévoit notamment 7 000 hectares de terres restaurées, 100 microprojets, dix plans d’affaires financés et l’accompagnement de coopératives et de petites entreprises rurales.
Une troisième phase du FFF ne serait donc véritablement décisive que si elle permettait de franchir ce cap. Après avoir financé la restauration, le défi consiste désormais à faire en sorte que protéger un paysage puisse aussi devenir une activité économiquement durable pour ceux qui y vivent.
La Rédaction
Sources : FAO ; Mécanisme forêts et paysans (FFF).

