La crise autour de Gianni Infantino franchit un nouveau palier. Après avoir combattu son projet d’ouverture des revenus de la Coupe du monde à des capitaux privés, l’UEFA prépare désormais une procédure en Suisse pour « gestion déloyale ». Avant d’agir, l’instance européenne cherche à obtenir aux États-Unis des documents susceptibles d’éclairer la conception et les bénéficiaires potentiels du projet abandonné.
La contestation n’est plus seulement politique. Alors que plusieurs adversaires de Gianni Infantino cherchent déjà à empêcher sa réélection à la présidence de la FIFA en mars 2027, l’UEFA déplace une partie de son offensive sur le terrain judiciaire.
L’instance européenne prépare une plainte pénale en Suisse pour « gestion déloyale » présumée. À ce stade, cette plainte n’a pas encore été déposée : l’UEFA cherche d’abord à réunir des éléments détenus aux États-Unis concernant le projet « FIFA Forward Enterprise », qui envisageait d’ouvrir à des investisseurs privés une partie des activités commerciales liées à la Coupe du monde.
Des documents recherchés en Floride
Pour constituer son dossier, l’UEFA s’est tournée vers la justice fédérale américaine. Dans une requête déposée en Floride, elle demande l’accès à des documents détenus par des structures de la FIFA impliquées dans l’organisation du Mondial 2026.
Cette démarche s’appuie sur un mécanisme du droit américain permettant d’obtenir aux États-Unis des preuves destinées à alimenter une procédure judiciaire à l’étranger. Le document indique que l’UEFA et d’autres parties intéressées se préparent à engager une action en Suisse contre Infantino et, potentiellement, d’autres responsables ou conseillers de la FIFA.
L’objectif est notamment de comprendre dans quelles conditions le projet a été élaboré et quels intérêts auraient pu être engagés dans l’opération.
Le projet abandonné revient au centre de la crise
L’affaire trouve son origine dans le projet commercial qui avait profondément divisé le football international durant l’été. La FIFA envisageait de placer une partie des revenus de sa compétition phare dans une société susceptible d’accueillir des investisseurs extérieurs.
Face à la fronde de plusieurs confédérations, le projet avait finalement été abandonné. Mais son retrait n’a pas suffi à refermer le dossier. Pour l’UEFA, sa préparation aurait porté atteinte aux intérêts et à la réputation de la FIFA.
L’instance européenne estime notamment que la structure envisagée aurait pu permettre à un cercle restreint d’investisseurs et de proches du président de prendre une participation durable dans certains des actifs commerciaux les plus précieux du football mondial. Ces affirmations constituent la thèse de l’UEFA et devront, si une procédure est effectivement ouverte, être démontrées devant la justice.
La qualification de « gestion déloyale » est particulièrement sérieuse en droit suisse : elle suppose notamment d’établir qu’une personne chargée de défendre des intérêts patrimoniaux a intentionnellement manqué à ses obligations et causé un préjudice.
Une pression supplémentaire avant 2027
Cette offensive judiciaire intervient au pire moment pour Gianni Infantino. Le président de la FIFA fait déjà face à une contestation de sa gouvernance et à des manœuvres destinées à empêcher sa réélection lors du congrès électif prévu le 18 mars 2027 à Rabat.
Il conserve néanmoins des soutiens. La Fédération saoudienne a notamment réaffirmé son appui, tandis que plusieurs fédérations africaines, arabes et d’autres régions restent favorables à son maintien.
La démarche de l’UEFA modifie toutefois la nature du rapport de forces. Jusqu’à présent, les adversaires d’Infantino pouvaient obtenir son départ en construisant une majorité politique contre lui. Une éventuelle procédure pénale introduirait désormais une autre inconnue.
Rien ne permet encore d’affirmer qu’une plainte suisse aboutira à des poursuites, encore moins à une condamnation. Mais après l’abandon de son projet et la remise en cause de sa présidence, Gianni Infantino doit désormais composer avec un troisième front : celui de la justice.
La Rédaction
Source : L’Équipe, AFP, 27 août 2026.

