Dans les zones de conflit, les femmes journalistes affrontent des dangers qui dépassent les risques habituels du reportage de guerre. Aux bombardements et aux arrestations s’ajoutent les agressions sexuelles, les campagnes de harcèlement et les intimidations visant à les réduire au silence. Du Soudan aux plateformes numériques, leur sécurité devient un enjeu majeur pour la liberté de la presse.
Une profession exposée à une double violence
Couvrir une guerre signifie travailler au milieu des combats, des déplacements forcés et de l’effondrement des services essentiels. Pour les femmes journalistes, cette vulnérabilité se double de violences spécifiquement liées au genre.
Une enquête publiée en décembre 2025 par l’UNESCO et ONU Femmes révèle que 75 % des 354 femmes journalistes interrogées déclarent avoir subi des violences en ligne dans l’exercice de leur métier. Plus préoccupant encore, 42 % établissent un lien entre ces attaques numériques et des violences ou intimidations hors ligne, contre 20 % dans une enquête réalisée cinq ans auparavant.
Ces résultats, issus d’échantillons différents, ne mesurent pas une prévalence mondiale. Ils illustrent néanmoins un phénomène préoccupant : les menaces virtuelles peuvent précéder des agressions bien réelles.
Au Soudan, la guerre contre celles qui témoignent
L’Afrique offre plusieurs exemples documentés de cette insécurité. Selon l’organisation Women Press Freedom, 258 atteintes visant des femmes journalistes ont été recensées sur le continent entre 2019 et 2024. Parmi elles, 18 concernaient des reportages de guerre ou des zones de conflit.
Au Soudan, où la guerre oppose l’armée aux Forces de soutien rapide depuis avril 2023, les violences atteignent une gravité particulière.
Dans une enquête publiée en octobre 2025, le Comité pour la protection des journalistes rapporte les témoignages de professionnelles travaillant à El-Fasher, au Darfour. L’une affirme avoir été violée par des combattants après la découverte de son activité journalistique. Une autre raconte avoir été détenue pendant 45 jours en raison de sa couverture du siège de la ville.
Le Forum des femmes journalistes du Darfour indiquait alors avoir documenté six viols de journalistes depuis le début du conflit. Ces informations reposent sur des témoignages recueillis et des signalements associatifs, non sur des condamnations judiciaires établissant individuellement les responsabilités.
Protéger les journalistes, préserver l’information
Au-delà des violences physiques, les organisations de défense de la presse alertent sur leurs conséquences éditoriales. Menaces, exil et autocensure peuvent réduire la présence des femmes dans la couverture des conflits, notamment lorsqu’il s’agit de documenter les violences subies par les populations civiles.
L’Union africaine dispose pourtant d’un cadre de référence. Adoptée en 2022, la résolution 522 de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples appelle notamment les États à protéger les femmes journalistes contre les violences numériques, à renforcer leur formation et à combattre les dispositifs de surveillance abusifs.
Mais l’existence de ces engagements ne garantit pas leur application.
La protection des correspondantes de guerre exige également des rédactions des protocoles de sécurité adaptés, une assistance juridique, un accompagnement psychologique et des procédures efficaces de signalement.
Lorsque des journalistes renoncent à témoigner sous la menace, ce ne sont pas seulement des carrières qui sont brisées. C’est aussi une partie de la réalité des conflits qui risque de disparaître du récit collectif.
La Rédaction

