Trois ans après l’accord de Pretoria, le nord de l’Éthiopie replonge dans une guerre ouverte. Combats au Tigré, progression des forces fédérales, explosions à Addis-Abeba et désormais rupture complète des relations diplomatiques entre l’Éthiopie et l’Érythrée : en quelques jours, la crise a changé d’échelle et ravivé la crainte d’un embrasement régional.
La paix aura tenu moins de quatre ans. Depuis la fin septembre, les forces fédérales éthiopiennes et les combattants du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) s’affrontent de nouveau dans le nord du pays. Les combats ont rapidement débordé du Tigré pour toucher aussi l’Amhara et l’Afar.
Le 23 septembre, les Nations unies confirmaient notamment la prise des aéroports de Mekelle, Axoum et Shire par les forces tigréennes et appelaient à empêcher un conflit plus large. Cette reprise des hostilités fragilise directement l’accord de Pretoria signé en novembre 2022, qui avait mis fin à deux années d’une guerre particulièrement meurtrière.
Un rapport de force profondément transformé
Le conflit de 2026 ne ressemble déjà plus totalement à celui de 2020. Le TPLF appartient désormais à une coalition de plusieurs groupes armés, comprenant notamment des mouvements amhara et oromo hostiles au gouvernement d’Abiy Ahmed.
Cette alliance reste traversée par des rivalités et ne constitue pas nécessairement un front militaire parfaitement unifié. Mais elle élargit la pression exercée contre Addis-Abeba. De son côté, l’armée fédérale conserve d’importants moyens militaires et a repris l’initiative sur plusieurs axes après les premières avancées rebelles.
Le 28 septembre, des forces pro-gouvernementales ont annoncé la reprise d’Alamata, au sud de Mekelle. Cette localité constitue un verrou important sur l’axe menant vers la capitale du Tigré. Les informations restent toutefois difficiles à vérifier de manière indépendante en raison des perturbations des télécommunications et de la guerre de communication menée par les différents camps.
Addis-Abeba désormais rattrapée par la guerre
Un nouveau seuil a été franchi dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre. Plusieurs explosions ont été entendues à Addis-Abeba, très loin des fronts du nord.
L’alliance rebelle affirme avoir utilisé des drones contre des installations militaires de la capitale. Des sources diplomatiques ont confirmé les explosions, mais l’origine exacte des frappes et l’ampleur des dégâts n’ont pas été établies indépendamment.
L’épisode est néanmoins symbolique. La capitale politique de l’Éthiopie, qui abrite également le siège de l’Union africaine, n’apparaît plus totalement à l’abri du conflit.
Dans le nord, les conséquences humanitaires sont déjà visibles. De nouveaux déplacements sont signalés, tandis que les difficultés d’accès, les routes coupées et les perturbations des télécommunications compliquent l’aide aux populations qui avaient déjà été durement touchées par la précédente guerre.
L’Érythrée fait basculer la crise dans une autre dimension
Le danger le plus important se situe désormais à la frontière érythréenne. Le 1er octobre, l’Éthiopie a annoncé la fermeture de son ambassade à Asmara et déclaré dix diplomates érythréens persona non grata, leur donnant 48 heures pour quitter le territoire. Addis-Abeba les accuse d’activités constituant une menace pour sa sécurité nationale. L’Érythrée a immédiatement répliqué en annonçant la rupture de toutes ses relations diplomatiques avec l’Éthiopie, fermant à son tour son ambassade à Addis-Abeba.
Le retournement est spectaculaire. Durant la guerre de 2020-2022, l’Érythrée combattait aux côtés de l’armée fédérale contre le TPLF. Aujourd’hui, Addis-Abeba accuse Asmara de soutenir les forces tigréennes et leurs alliés, ce que le gouvernement érythréen dément. Les relations entre les deux voisins s’étaient déjà fortement dégradées ces dernières années, notamment sur fond d’ambitions éthiopiennes d’obtenir un accès à la mer Rouge.
L’Éthiopie a également mis en cause l’Égypte et le Soudan, eux aussi accusés d’appuyer ses adversaires. Ces pays rejettent ces accusations. Face au risque d’élargissement régional, l’Union africaine a appelé l’Éthiopie, l’Érythrée et l’Égypte à éviter toute action ou rhétorique susceptible d’aggraver les tensions et à privilégier les voies diplomatiques.
Ce samedi 3 octobre, l’enjeu dépasse donc largement la seule bataille pour le Tigré. Une confrontation directe entre l’Éthiopie et l’Érythrée transformerait cette nouvelle guerre en crise régionale majeure, dans une Corne de l’Afrique déjà fragilisée par la guerre au Soudan et les tensions autour de la mer Rouge. Pour les civils éthiopiens, le retour aussi rapide des combats montre surtout combien la paix de Pretoria était restée inachevée.
La Rédaction
Sources : Reuters, 23 septembre au 2 octobre 2026 ; Nations unies en Éthiopie, septembre 2026 ; Union africaine, 2 octobre 2026.

