Vingt-trois ans après avoir frappé à la porte de l’Organisation mondiale du commerce, l’Éthiopie approche de la dernière étape de ses négociations. Mais derrière l’adhésion se joue désormais un enjeu plus profond : inscrire durablement dans les règles du commerce mondial la transformation d’une économie longtemps fortement administrée.
Lorsque l’Éthiopie a engagé son processus d’adhésion à l’OMC en 2003, son économie fonctionnait encore largement autour d’un État dominant, de fortes restrictions commerciales et d’un secteur privé limité dans plusieurs activités stratégiques. Vingt-trois ans plus tard, Addis-Abeba négocie son entrée dans l’organisation au moment même où le pays accélère son ouverture économique.
Le ministère du Commerce et de l’Intégration régionale affirme que les négociations sont désormais dans leur phase finale. Sur les 17 membres de l’OMC avec lesquels l’Éthiopie négocie individuellement l’accès aux marchés, 11 accords ont été conclus et six restent à finaliser. Le pays prépare parallèlement le huitième cycle de son groupe de travail et avance vers la finalisation du rapport qui fixera les conditions de son adhésion.
L’OMC pour ancrer les réformes
L’enjeu dépasse désormais l’obtention d’un siège dans une organisation internationale. Addis-Abeba veut utiliser l’OMC comme un cadre capable d’ancrer les réformes économiques engagées ces dernières années.
Le pays a notamment travaillé sur son régime de change, ses procédures douanières, les restrictions aux importations et plusieurs pans de sa législation commerciale. En avril, les autorités éthiopiennes présentaient explicitement l’adhésion comme un instrument de transformation structurelle et d’intégration aux chaînes de valeur internationales.
Cette logique implique aussi une contrainte : entrer à l’OMC signifie accepter des règles négociées avec les autres membres et rendre certaines politiques commerciales plus prévisibles. Pour les investisseurs, cette stabilité peut réduire une partie de l’incertitude réglementaire. Pour l’État éthiopien, elle limite parallèlement la possibilité de revenir facilement sur certains engagements pris pendant les négociations.
L’adhésion devient ainsi une manière de rendre l’ouverture économique plus difficile à inverser.
Le véritable test sera celui des entreprises éthiopiennes
Cette ouverture ne garantit cependant ni davantage d’exportations ni une industrialisation automatique. L’accès à de nouveaux marchés n’a de valeur que si les entreprises éthiopiennes sont capables d’y vendre des produits compétitifs.
C’est probablement là que se situe le principal défi. Addis-Abeba veut progressivement réduire sa dépendance aux exportations de matières premières et mieux intégrer les chaînes de valeur mondiales. Le gouvernement affirme avoir commencé à préparer les secteurs manufacturier et agricole à cette concurrence accrue.
Car l’ouverture fonctionne dans les deux sens. Les producteurs éthiopiens peuvent bénéficier de marchés plus prévisibles à l’étranger, mais ils devront également affronter davantage de concurrence sur leur propre marché. La réussite de l’adhésion dépendra donc autant des négociateurs à Genève que de la productivité des entreprises, des infrastructures, de la logistique et de la capacité du pays à attirer des investissements créateurs de valeur.
Après l’adhésion, le vrai chantier
L’Éthiopie n’est pas encore membre. Six négociations bilatérales restent ouvertes et plusieurs décisions doivent encore être prises avant la conclusion du processus. Le gouvernement affiche néanmoins l’objectif d’achever cette longue marche engagée en 2003.
Après vingt-trois ans de négociations, l’entrée à l’OMC représenterait donc moins la fin d’un parcours que le début d’un test économique. Addis-Abeba aura alors à démontrer que l’ouverture commerciale peut transformer davantage de production locale en exportations, en investissements et en emplois, plutôt que simplement ouvrir plus largement son marché à la concurrence mondiale.
La Rédaction
Sources : Organisation mondiale du commerce (OMC) ; ministère éthiopien du Commerce et de l’Intégration régionale.

