Les frappes militaires menées par les États-Unis contre deux bateaux suspectés de transporter des trafiquants de drogue ont été qualifiées d’exécutions extrajudiciaires illégales par Human Rights Watch. Ces attaques, qui ont fait au moins 14 morts selon l’administration Trump, soulèvent de sérieuses questions sur le respect du droit international relatif aux droits humains.
Le 2 septembre, le président Donald Trump a annoncé la destruction d’un bateau en provenance du Venezuela dans les eaux internationales, attribuant l’embarcation au groupe criminel vénézuélien Tren de Aragua, désigné par le Département d’État américain comme organisation terroriste étrangère. Les images publiées par la Maison Blanche montrent l’explosion du bateau, confirmant visuellement qu’au moins six personnes se trouvaient à bord. Selon des sources anonymes citées par le New York Times, l’attaque aurait été menée par un hélicoptère des forces spéciales ou un drone MQ-9 Reaper.
Quelques jours plus tard, le 15 septembre, une deuxième attaque a visé un autre bateau vénézuélien, tuant trois hommes. Les images diffusées par la Maison Blanche montrent le bateau quasi-immobile avec au moins deux personnes à bord avant l’explosion. Le président Trump a publié un message menaçant sur Truth Social, déclarant : « SOYEZ AVERTIS – SI VOUS TRANSPORTEZ DE LA DROGUE POUVANT TUER DES AMÉRICAINS, NOUS VOUS CHASSONS ! »
Human Rights Watch affirme que ces frappes violent le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui protège le droit à la vie. Selon l’organisation, l’usage de la force létale n’est justifiable que pour neutraliser une menace imminente de mort ou de blessure grave. Dans ces deux frappes, aucune mesure non létale n’a été envisagée, et le risque pour les personnes à bord n’a pas été correctement évalué.
Le 16 septembre, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, ainsi que deux autres experts des droits humains, ont publié une déclaration conjointe condamnant ces frappes comme des « exécutions extrajudiciaires ». Le droit international humanitaire, qui encadre les conflits armés, ne s’applique pas ici, car les États-Unis ne sont pas en guerre avec le Venezuela ni avec des groupes criminels présumés.
Ces attaques interviennent dans un contexte où l’administration Trump a affaibli les mécanismes de contrôle juridique internes à l’armée. En février, les juges-avocats généraux, chargés de superviser la légalité des opérations, ont été démis de leurs fonctions décisionnelles. La même année, une directive du Secrétaire à la Défense Pete Hegseth a considérablement élargi les pouvoirs des commandants pour autoriser le recours à la force létale sans contrôles juridiques stricts. Selon Human Rights Watch, cette situation accroît le risque de frappes illégales et compromet le respect des droits humains par l’armée américaine.
Sarah Yager, directrice du bureau de Washington de Human Rights Watch, conclut : « L’armée américaine doit mettre fin immédiatement à tout projet de frappes illégales et garantir que toutes les opérations respectent le droit international et les droits humains. Le Congrès devrait lancer une enquête rapide et transparente sur le processus décisionnel ayant conduit à ces attaques, y compris sur les bases juridiques et la chaîne de commandement. »
La Rédaction

