L’Afrique du Sud et le Rwanda vont perdre, à compter du 1er janvier 2027, les avantages commerciaux accordés par les États-Unis dans le cadre de l’AGOA. Derrière cette décision annoncée le 2 novembre, Washington invoque des préoccupations économiques et sécuritaires. Une évolution qui confirme le poids croissant des considérations géopolitiques dans les relations commerciales entre les États-Unis et l’Afrique.
L’accès préférentiel au marché américain devient un nouveau terrain de confrontation diplomatique. Alors que l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) vient d’être prolongé jusqu’en 2028, Washington a annoncé son intention d’en exclure deux de ses bénéficiaires : l’Afrique du Sud et le Rwanda. Une décision qui illustre la volonté de l’administration Trump de conditionner davantage les avantages commerciaux aux intérêts économiques et stratégiques américains.
Dans un communiqué publié lundi 2 novembre, le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a justifié cette mesure par des pratiques jugées incompatibles avec les critères du programme. Les autorités américaines évoquent notamment des obstacles au commerce et à l’investissement, ainsi que des préoccupations touchant à la sécurité nationale et à la politique étrangère des États-Unis.
Pretoria face au risque d’un recul commercial
Pour l’Afrique du Sud, premier bénéficiaire de l’AGOA, l’exclusion pourrait fragiliser plusieurs secteurs exportateurs. L’automobile, les équipements industriels et les produits agricoles figurent parmi les activités qui profitent de cet accès préférentiel au marché américain.
La décision intervient dans un contexte de dégradation des relations entre Pretoria et Washington. L’administration américaine reproche notamment aux autorités sud-africaines certaines pratiques commerciales et des faits de corruption présumés, tout en maintenant des désaccords politiques plus larges avec le gouvernement de Cyril Ramaphosa.
Pretoria conteste la démarche américaine. Le ministère sud-africain du Commerce estime que Washington introduit désormais des exigences qui ne figuraient pas dans les négociations engagées depuis 2025. Le gouvernement entend poursuivre le dialogue tout en accélérant la diversification de ses débouchés commerciaux.
Le Rwanda sous pression sur le dossier congolais
Pour Kigali, la décision s’inscrit dans une séquence de durcissement des relations avec Washington. Le 28 octobre, le Trésor américain avait déjà sanctionné le ministère rwandais de la Défense et une institution financière, les accusant de contribuer au soutien apporté au mouvement rebelle M23 dans l’est de la République démocratique du Congo.
Le Rwanda rejette les accusations concernant son implication dans le conflit congolais. Les États-Unis invoquent également des préoccupations relatives aux droits humains, au pluralisme politique et au respect de l’État de droit pour justifier son exclusion de l’AGOA.
Le pays avait déjà perdu, en 2018, une partie des avantages du programme concernant les exportations de vêtements.
Un partenariat commercial de plus en plus conditionnel
Instauré en 2000, l’AGOA permet aux pays africains éligibles d’exporter vers les États-Unis de nombreux produits en bénéficiant d’exemptions de droits de douane. Son renouvellement jusqu’au 31 décembre 2028 devait offrir davantage de visibilité aux entreprises et aux investisseurs.
Mais l’examen annuel de l’éligibilité des États laisse à Washington une importante marge de manœuvre. Les décisions visant Pretoria et Kigali rappellent que ces préférences commerciales ne constituent pas des acquis permanents.
Pour les économies africaines concernées, l’enjeu dépasse désormais la préservation de leurs exportations. Il touche aussi à leur capacité à diversifier leurs partenaires et à réduire leur exposition aux tensions diplomatiques avec les grandes puissances.
La Rédaction

