En 1992, la découverte du corps mutilé d’un enfant de six ans bouleverse une ville du sud du Brésil. Sept personnes sont accusées de l’avoir assassiné lors d’un prétendu rituel satanique. Plusieurs sont condamnées sur la base d’aveux présentés comme décisifs. Mais des enregistrements retrouvés des décennies plus tard révèlent ce que les interrogatoires avaient dissimulé : les confessions avaient été obtenues sous la torture. Une révélation qui provoquera l’effondrement de toute l’accusation.
Un enfant disparu, une ville bouleversée
Le 6 avril 1992, Evandro Ramos Caetano disparaît à Guaratuba, une ville côtière de l’État du Paraná. Cinq jours plus tard, le corps d’un enfant est découvert dans une zone boisée. Il présente de graves mutilations. Les autorités l’identifient comme celui du garçon disparu.
L’émotion est considérable. La police privilégie rapidement l’hypothèse d’un meurtre rituel. Sept personnes sont mises en cause, parmi lesquelles Celina Abagge, épouse du maire de Guaratuba, sa fille Beatriz, ainsi que plusieurs hommes présentés comme proches de pratiques religieuses afro-brésiliennes.
L’accusation affirme que l’enfant aurait été sacrifié au cours d’une cérémonie. Mais cette hypothèse repose principalement sur les déclarations des suspects.
Des confessions qui deviennent des preuves
Plusieurs accusés reconnaissent leur participation au meurtre pendant les interrogatoires. Leurs déclarations, enregistrées par les enquêteurs, semblent confirmer le scénario d’un crime rituel.
Pourtant, les intéressés se rétractent. Ils affirment avoir été frappés, menacés et soumis à des violences pour répéter une version imposée par les policiers.
La procédure se poursuit malgré ces accusations. Les procès successifs aboutissent à des verdicts différents. Certains prévenus sont acquittés, tandis que quatre autres finissent par être condamnés.
Pendant des années, les juridictions examinent un dossier dans lequel les confessions occupent une place centrale, sans que les accusations de torture parviennent à remettre définitivement en cause les condamnations.
Des bandes sonores bouleversent l’enquête
Le retournement intervient grâce au journaliste brésilien Ivan Mizanzuk, auteur du podcast d’investigation Projeto Humanos.
En examinant les archives de l’affaire, il retrouve des enregistrements d’interrogatoires dont le contenu complet n’avait pas été correctement pris en compte lors des procès. Les bandes révèlent des violences et des pressions exercées sur les suspects.
Ces documents changent profondément la lecture du dossier. Les aveux, longtemps utilisés pour démontrer la culpabilité des accusés, deviennent les éléments permettant d’établir les irrégularités de l’enquête.
En décembre 2021, les défenseurs des condamnés demandent une révision judiciaire.
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Trente et un ans avant l’annulation des condamnations
Le 9 novembre 2023, la Cour de justice du Paraná annule, par trois voix contre deux, les condamnations de Beatriz Abagge, Davi dos Santos Soares, Osvaldo Marcineiro et Vicente de Paula Ferreira, mort en 2011.
Les magistrats reconnaissent que les aveux avaient été obtenus sous la torture. Une fois ces déclarations écartées, les preuves restantes ne permettent plus d’établir la culpabilité des quatre personnes.
Le ministère public conteste la décision, mais le Tribunal supérieur de justice confirme les acquittements en septembre 2025. La Cour suprême fédérale écarte ensuite le dernier recours, rendant leur réhabilitation définitive.
Une affaire résolue judiciairement, mais un crime sans réponse
L’affaire Evandro révèle une défaillance fondamentale : pendant plus de trente ans, des déclarations extorquées ont servi de fondement à des condamnations, tandis que les violences dénoncées par les accusés n’étaient pas reconnues.
La justice a finalement annulé ces condamnations, sans pour autant identifier les véritables responsables du meurtre. La mort de l’enfant demeure donc une affaire criminelle non élucidée.
L’énigme judiciaire tient à cette contradiction : comment des enregistrements conservés dans le dossier ont-ils pu contribuer à condamner des personnes avant de démontrer, plusieurs décennies plus tard, que leurs aveux étaient illégaux ?
La Rédaction
Sources et références
- Superior Tribunal de Justiça (Brésil) — « STJ mantém absolvição dos réus no Caso Evandro e faz alerta contra abusos em investigações », 25 septembre 2025.
- Tribunal de Justiça do Paraná — Décision de révision criminelle du 9 novembre 2023.
- Folha de S.Paulo — « Caso Evandro: Justiça do Paraná anula condenações mais de 30 anos depois », 9 novembre 2023.
- Projeto Humanos, Ivan Mizanzuk — Enquête documentaire O Caso Evandro, consacrée aux interrogatoires et aux enregistrements retrouvés.
- CNN Brasil — « Caso Evandro: STF conclui processo e mantém decisão que inocenta réus », 2026.

