Le 19 juin 1990, Elizabeth Bain, 22 ans, disparaît à Toronto. Sa voiture est retrouvée trois jours plus tard, tachée de son sang, mais son corps ne sera jamais découvert. Son petit ami, Robert Baltovich, est condamné en 1992 pour son meurtre et passe huit ans en prison. Douze ans après le verdict, la Cour d’appel de l’Ontario annule sa condamnation en raison des graves problèmes ayant affecté son procès. Lorsqu’un nouveau procès commence en 2008, l’accusation renonce finalement à présenter des preuves et Baltovich est acquitté. La justice perd alors son unique coupable, sans jamais parvenir à en désigner un autre.
Une disparition et du sang dans une voiture
Étudiante à l’Université de Toronto à Scarborough, Elizabeth Bain quitte son domicile dans l’après-midi du 19 juin 1990. Elle indique à sa mère qu’elle se rend sur le campus pour consulter les horaires des courts de tennis. Elle ne rentrera jamais.
Trois jours plus tard, son véhicule est retrouvé abandonné. Du sang appartenant à Elizabeth est découvert à l’intérieur, notamment sur la banquette arrière. Aucun corps n’est retrouvé, mais les enquêteurs concluent progressivement qu’elle a été victime d’un homicide. Des années plus tard, devant la Cour d’appel, la défense elle-même ne contestera plus qu’Elizabeth est morte et qu’elle a été assassinée. La véritable question devient donc celle de l’identité de son meurtrier.
Le petit ami devient le principal suspect
Les soupçons se concentrent sur Robert Baltovich, qui entretenait une relation avec Elizabeth depuis environ un an et demi. L’accusation soutient qu’elle souhaitait rompre et que Baltovich l’aurait tuée dans un accès de jalousie avant de tenter de dissimuler le crime.
Mais le dossier est entièrement circonstanciel. Aucune preuve matérielle ne relie directement Baltovich à la mort d’Elizabeth. L’accusation s’appuie notamment sur plusieurs témoins affirmant l’avoir aperçu à des moments déterminants. L’une d’entre eux dit avoir vu Elizabeth en sa compagnie sur le campus vers 17 h 40, alors que Baltovich affirme se trouver chez lui.
La fiabilité de ces souvenirs pose pourtant problème. Plusieurs témoins ont été soumis à l’hypnose dans le but de préciser leurs souvenirs. L’une des principales témoins avait également vu une photographie de Baltovich dans la presse et discuté avec des proches d’Elizabeth avant de l’identifier.
Une condamnation à perpétuité sans corps
Le 31 mars 1992, Robert Baltovich est reconnu coupable de meurtre au deuxième degré. Il est condamné à la prison à vie, sans possibilité de demander une libération conditionnelle avant dix-sept ans.
Il passe huit années derrière les barreaux avant d’être libéré sous caution en 2000 pendant la poursuite de ses recours. Pendant ce temps, ses avocats réexaminent les témoignages, son alibi et la manière dont le juge avait présenté l’affaire au jury.
Le dossier arrive finalement devant la Cour d’appel de l’Ontario. Son examen va profondément modifier l’histoire judiciaire de l’affaire.
La Cour d’appel démonte le premier procès
Le 2 décembre 2004, la Cour d’appel annule la condamnation et ordonne un nouveau procès. Elle ne déclare pas Baltovich innocent : elle estime qu’un jury correctement instruit pourrait encore raisonnablement le condamner. Mais elle conclut qu’il n’a pas bénéficié d’un procès équitable.
Les juges critiquent notamment les instructions données au premier jury, jugées insuffisamment équilibrées, ainsi que le traitement des témoignages d’identification. Certaines descriptions avaient changé au fil du temps et plusieurs faiblesses importantes n’avaient pas été correctement signalées aux jurés.
La condamnation qui paraissait avoir résolu la disparition d’Elizabeth Bain douze ans auparavant disparaît donc. Mais la justice canadienne décide encore de rejuger Baltovich.
Le deuxième procès s’arrête presque immédiatement
Le nouveau procès commence finalement le 22 avril 2008. Cette fois, le retournement est spectaculaire : l’accusation annonce qu’elle ne présentera aucune preuve contre Robert Baltovich. Selon le gouvernement ontarien, différents développements dans le dossier, des difficultés concernant les preuves et l’évolution du droit ont conduit le ministère public à considérer qu’il n’existait plus de perspective raisonnable de condamnation.
Le juge indique alors au jury qu’un seul verdict est possible. Robert Baltovich est déclaré non coupable.
Il faut cependant distinguer les deux étapes. La Cour d’appel n’avait pas établi son innocence en 2004. Quatre ans plus tard, l’acquittement intervient parce que l’accusation renonce à présenter son dossier au nouveau jury. Juridiquement, Baltovich sort néanmoins définitivement de cette affaire comme un homme acquitté.
Un acquittement et un meurtrier toujours inconnu
Une autre hypothèse a longtemps accompagné le dossier : celle de Paul Bernardo, le violeur en série de Scarborough devenu ensuite meurtrier. La défense de Baltovich a cherché à présenter des éléments concernant Bernardo lors du nouveau procès. Mais celui-ci a nié toute implication lorsqu’il a été interrogé et aucune juridiction ne l’a jamais déclaré responsable de la disparition d’Elizabeth Bain. Cette piste ne peut donc être présentée que comme une hypothèse.
L’énigme reste ainsi entière. Elizabeth Bain a disparu en 1990, son sang a été retrouvé dans sa voiture et la justice considère qu’elle a été assassinée. Un homme a été condamné à perpétuité pour ce meurtre, avant que son procès soit déclaré inéquitable et que l’accusation abandonne finalement les poursuites lors du nouveau procès.
En 2026 encore, le dossier continue d’être étudié et de nouvelles démarches cherchent à déterminer ce qui est arrivé à la jeune femme. Mais son corps n’a jamais été retrouvé et aucun meurtrier n’a pris la place laissée vide par l’acquittement de Robert Baltovich.
Trente-six ans après sa disparition, l’affaire revient donc à sa question la plus simple, celle que la première condamnation avait momentanément semblé résoudre : si Robert Baltovich n’a pas été reconnu coupable au terme d’un procès valable, qui a tué Elizabeth Bain et où son corps a-t-il été dissimulé ?
La Rédaction
Sources et références
- Cour d’appel de l’Ontario, R. v. Baltovich, 2 décembre 2004.
- Ministère du Procureur général de l’Ontario, archives relatives à l’affaire Baltovich.
- Innocence Canada, dossier Robert Baltovich.
- CityNews Toronto, archives et suivi de l’affaire Elizabeth Bain, notamment en 2026.

