La transition vers les énergies renouvelables est souvent présentée comme une avancée décisive pour l’humanité. Pourtant, derrière cette promesse d’un avenir plus durable se cache une réalité plus contrastée : l’accès à l’énergie verte n’est ni automatique ni équitable pour tous. En Afrique, et plus largement dans le Sud global, les inégalités persistent, notamment en raison de barrières économiques, sociales et genrées. C’est ici qu’intervient l’Ubuntu, une philosophie africaine qui place le bien-être collectif au cœur des relations humaines. Appliqué à la transition énergétique, ce principe pourrait redéfinir en profondeur notre approche du développement durable.
Une transition énergétique qui creuse les inégalités
L’idée que les énergies renouvelables bénéficieront à tous de manière égale relève souvent d’un mythe. Si elles réduisent la dépendance aux combustibles fossiles, leur accessibilité reste conditionnée par des facteurs économiques et sociaux. En Afrique subsaharienne, par exemple, de nombreuses familles ne peuvent pas s’équiper de panneaux solaires en quantité suffisante pour couvrir tous leurs besoins domestiques. Résultat : certaines pratiques, comme la cuisson au feu de bois, perdurent, exposant notamment les femmes à des risques sanitaires et sécuritaires. De plus, l’essor du secteur des énergies renouvelables ne signifie pas forcément une meilleure inclusion professionnelle. À l’échelle mondiale, les femmes ne représentent qu’un tiers de la main-d’œuvre dans ce domaine. En Afrique du Sud, ce chiffre tombe à 14 %. Cette sous-représentation féminine dans les décisions techniques et politiques reflète des rapports de force encore bien ancrés, où les bénéfices de la transition énergétique restent majoritairement accaparés par les mêmes acteurs.
L’Ubuntu : une boussole pour une transition plus juste
Face à ces inégalités, la philosophie Ubuntu offre un cadre alternatif. Son principe central – “Je suis parce que nous sommes” – insiste sur l’interdépendance des individus et sur la nécessité d’une approche solidaire du progrès. Appliqué à la transition énergétique, l’Ubuntu met en lumière plusieurs aspects souvent négligés. L’accès à l’énergie doit être perçu comme un bien social et non seulement un service marchand. Au-delà des bénéfices individuels, l’énergie doit être pensée comme un levier de cohésion communautaire. Un village électrifié ne se résume pas à des foyers alimentés, mais à la possibilité d’organiser des activités collectives, d’éclairer des écoles ou de renforcer la sécurité publique. Une transition juste doit aussi s’attaquer aux inégalités de pouvoir. Si l’énergie verte reste contrôlée par une poignée d’acteurs, elle ne fera que reproduire les déséquilibres du passé. L’Ubuntu invite à une gouvernance plus participative, où les femmes et les populations marginalisées ont voix au chapitre dans les choix énergétiques. Enfin, ce modèle met l’accent sur le soin et la responsabilité collective. Garantir l’accès à l’énergie aux plus vulnérables – personnes âgées, populations rurales, habitants des bidonvilles – ne doit pas être une option, mais une priorité. Une transition juste ne peut se limiter à la création d’emplois dans les énergies vertes ; elle doit aussi veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte.
Réconcilier transition énergétique et justice sociale
Pour que l’énergie verte soit véritablement un moteur de transformation sociale, plusieurs mesures peuvent être envisagées. Encourager des initiatives locales inspirées de l’Ubuntu, comme des coopératives énergétiques communautaires où les profits sont réinvestis dans des projets collectifs, permet de briser la logique purement commerciale de la transition. Donner un rôle clé aux mouvements sociaux est également essentiel, car ces derniers doivent pouvoir peser dans les décisions afin d’éviter que la transition énergétique ne soit dictée uniquement par les intérêts économiques. Enfin, mettre en place une justice réparatrice permettrait d’impliquer les entreprises du secteur fossile dans la réparation des dommages causés aux populations locales, notamment par des investissements dans des infrastructures énergétiques accessibles à tous.
Vers une transition énergétique ancrée dans les valeurs humaines
Loin d’être un simple concept philosophique, l’Ubuntu apporte une grille de lecture concrète pour penser une transition énergétique plus juste et inclusive. Plutôt que de voir les énergies renouvelables comme une simple opportunité de croissance économique, il s’agit de les inscrire dans une vision plus large du bien-être collectif. Car une énergie verte qui ne profite qu’à une élite restera une promesse inachevée. À nous d’inventer un modèle où l’électricité éclaire non seulement nos foyers, mais aussi le chemin vers une société plus équitable.
La Rédaction

