Produire davantage d’électricité ne suffit pas lorsque le combustible qui alimente les centrales peut lui-même devenir incertain. Au Togo, où le gaz occupe une place centrale dans la production électrique, la sécurisation de son approvisionnement devient ainsi une pièce à part entière de la politique énergétique. Le projet régional PRIME-GAS, présenté jeudi à Lomé, cherche précisément à rompre avec une vulnérabilité ancienne : dépendre essentiellement d’une seule route pour alimenter les centrales.
Le paradoxe togolais tient dans cette équation. Le pays prépare de nouvelles capacités de production pour répondre à une demande électrique en forte progression, mais son approvisionnement gazier reste largement tributaire du Gazoduc ouest-africain (WAGP), qui transporte du gaz nigérian jusqu’au Bénin, au Togo et au Ghana.
Cette infrastructure a permis de substituer le gaz à des combustibles liquides plus coûteux dans certaines centrales. Mais son histoire est également marquée par des volumes inférieurs aux attentes et des interruptions d’approvisionnement. La Banque mondiale relevait déjà, dans son bilan du projet initial, que les quantités effectivement livrées étaient restées sous les volumes contractuels.
Ne plus confondre centrale disponible et énergie garantie
Cette fragilité prend une importance nouvelle. Le gaz représente aujourd’hui environ 71 % de la production électrique togolaise, selon les données présentées dans le cadre de la coopération régionale.
Dans le même temps, le Togo prépare notamment une nouvelle centrale thermique bicombustible de 120 MW à Lomé. La pointe de consommation nationale atteignait environ 360 MW au premier trimestre 2026 et progresserait de près de 10 % par an.
Ajouter des capacités sans sécuriser leur combustible déplacerait donc simplement le problème. Une centrale peut être techniquement disponible et rester contrainte si le gaz nécessaire à son fonctionnement manque ou devient trop coûteux.
C’est là que PRIME-GAS prend son sens. Approuvé le 29 juin par la Banque mondiale, le projet associe le Togo, le Bénin et la Côte d’Ivoire afin de préparer plusieurs voies d’approvisionnement plutôt que de multiplier trois stratégies nationales isolées.
Le GNL pour ajouter une deuxième porte d’entrée
L’une des principales options étudiées consiste à importer du gaz naturel liquéfié (GNL). La Côte d’Ivoire pourrait accueillir des capacités de réception et de regazéification, tandis que les infrastructures régionales permettraient ensuite d’alimenter d’autres marchés.
Pour Lomé, l’intérêt est stratégique : disposer d’une alternative au gaz acheminé par le WAGP et pouvoir mutualiser une partie de la demande avec des marchés plus importants. Le projet prévoit également d’étudier l’extension du poste de livraison du WAGP à Lomé, un gazoduc entre le port et la Plateforme industrielle d’Adétikopé, ainsi que d’autres corridors susceptibles de diversifier l’approvisionnement.
La présentation de PRIME-GAS ouvre cependant une phase de préparation, pas encore celle des nouvelles livraisons. Études, infrastructures, réglementation et investissements privés devront précéder la constitution d’un véritable marché régional.
Pour le Togo, l’enjeu dépasse donc le gaz lui-même. À mesure que le pays ajoute des mégawatts, sa sécurité électrique dépendra de plus en plus de ce qui se passe avant la centrale : disposer de plusieurs routes capables d’acheminer l’énergie nécessaire pour la faire tourner.
La Rédaction
Sources : Banque mondiale ; ministère chargé de l’Énergie et des Ressources minières.

