Dans un système éducatif où l’offre privée occupe une place croissante, la véritable question n’est plus seulement de savoir si les familles peuvent choisir leur école. Elle est de savoir si celles qui n’ont pas les moyens de choisir disposent, elles aussi, des mêmes chances d’accéder à un enseignement de qualité. L’appel lancé le 7 août par la Fédération des syndicats de l’éducation nationale remet ainsi au centre un enjeu plus large : empêcher que la qualité de l’éducation ne dépende progressivement du revenu des parents.
À Lomé, la FESEN a plaidé pour un financement renforcé de l’école publique, tout en appelant à une régulation plus rigoureuse de l’enseignement privé. Son message intervient alors que le privé représente désormais une part importante de l’offre éducative nationale.
Cette progression n’est pas en soi un problème. Les établissements privés répondent à une demande réelle et participent à l’accueil de milliers d’élèves. Le risque apparaît lorsque leur développement devient, pour certaines familles, une réponse à des insuffisances persistantes du public plutôt qu’un choix éducatif parmi d’autres.
Quand le choix de l’école devient social
Une école publique insuffisamment financée peut rapidement accumuler les handicaps : classes surchargées, infrastructures dégradées, équipements limités, manque de matériel pédagogique ou formation insuffisante des enseignants.
Les familles qui en ont les moyens peuvent alors rechercher ailleurs de meilleures conditions d’apprentissage. Les autres restent dépendantes de l’offre disponible à proximité.
C’est à ce niveau que peut se construire une éducation à deux vitesses : non pas parce que public et privé coexistent, mais parce que la qualité accessible à chaque enfant finit par varier fortement selon les ressources de son foyer.
Le secrétaire général de la FESEN, Lorié Akilé-Esso, a précisément appelé à préserver l’école publique de toute logique de marchandisation, tandis que le ministre de l’Éducation nationale, Mama Omorou, a rappelé l’importance des investissements dans les enseignants, les infrastructures et la formation.
Renforcer le public sans opposer le privé
Le débat ne devrait toutefois pas se réduire à une confrontation entre les deux modèles. Une offre privée de qualité peut compléter utilement le système national, à condition d’être correctement encadrée.
La responsabilité de l’État reste cependant particulière. L’école publique constitue le seul réseau appelé à accueillir tous les enfants indépendamment du revenu, du statut social ou du lieu de résidence de leurs familles.
Son financement touche donc directement à l’égalité des chances. Investir dans ses enseignants, ses équipements et ses infrastructures revient à éviter que les inégalités économiques ne se transforment mécaniquement en inégalités scolaires.
À l’approche de la rentrée, la question posée par la FESEN dépasse ainsi le seul niveau des budgets. Elle touche au modèle éducatif que le pays souhaite préserver : une école où le privé peut apporter une alternative, sans que le public devienne pour autant le choix par défaut de ceux qui n’ont pas les moyens d’en avoir un autre.
La Rédaction

