Une école peut recevoir de nouveaux bâtiments, des manuels et des équipements numériques. Mais sa capacité à transmettre repose toujours, au bout de la chaîne, sur le nombre et la qualité des enseignants placés devant les élèves. Avec 3 400 nouveaux fonctionnaires appelés à rejoindre le préscolaire, le primaire et le secondaire, le Togo poursuit un investissement moins spectaculaire qu’une infrastructure, mais déterminant pour le fonctionnement quotidien de l’école publique.
La publication des résultats définitifs du concours national organisé le 18 avril pourrait se résumer à une liste d’admis. Elle révèle pourtant une politique beaucoup plus longue : renforcer progressivement le corps enseignant pour accompagner l’augmentation des besoins scolaires et les transformations engagées dans le système éducatif.
La nouvelle cohorte compte 640 enseignants au préscolaire, 1 700 au primaire, 290 au premier cycle du secondaire et 670 au second cycle. Cent autres recrues sont destinées aux FabLabs éducatifs, ces espaces consacrés notamment aux technologies et à la fabrication numérique.
Le primaire absorbe ainsi, à lui seul, la moitié des nouveaux effectifs. Une répartition qui rappelle où se joue une part essentielle de la politique éducative : dans les premières années d’apprentissage, lorsque se construisent lecture, écriture, calcul et acquis fondamentaux.
Recruter dans la durée plutôt que combler ponctuellement les vides
Les 3 400 admissions de 2026 ne constituent pas un effort isolé. Dans sa déclaration de politique générale de 2025, le gouvernement faisait état du recrutement et de la formation de 11 303 enseignants fonctionnaires au cours des années précédentes. Le renforcement des ressources humaines figure parallèlement parmi les instruments retenus pour améliorer la qualité de l’enseignement.
Dès 2022, plus de 3 500 nouveaux enseignants avaient également été déployés, représentant alors une hausse d’environ 10 % des effectifs annoncés pour cette rentrée-là. En 2024, le gouvernement avait de nouveau inscrit le recrutement de plusieurs milliers d’enseignants parmi les principales mesures accompagnant l’année scolaire.
Pris séparément, chaque concours répond à des besoins immédiats. Mis bout à bout, ces recrutements dessinent surtout une stratégie de renouvellement et de consolidation du personnel enseignant.
Cette continuité compte d’autant plus que les besoins ne sont jamais figés. Départs à la retraite, évolution des effectifs scolaires, disparités entre territoires, besoins par discipline et ouverture de nouvelles filières obligent le système à renouveler régulièrement ses ressources humaines.
Du nombre à la qualité devant les élèves
Recruter davantage ne résout toutefois qu’une partie de l’équation. L’effet sur la qualité de l’école dépend ensuite de la formation, de l’affectation géographique, de la disponibilité des enseignants dans les disciplines déficitaires et de leur accompagnement professionnel.
La procédure retenue cette année introduit justement une étape supplémentaire. Avant leur admission définitive, les candidats ont suivi deux semaines de préparation à la fonction enseignante, portant notamment sur l’éthique professionnelle, les valeurs citoyennes et le fonctionnement de l’État et de l’administration.
Le dispositif de formation s’inscrit dans un chantier plus large. Le pays a notamment réorganisé ses écoles normales afin de renforcer la préparation professionnelle des enseignants du préscolaire et du primaire.
La présence de 100 recrutements destinés aux FabLabs éducatifs ajoute une autre dimension. Elle montre que la politique des effectifs commence aussi à accompagner l’évolution des contenus pédagogiques. L’école n’a plus seulement besoin de davantage d’enseignants ; elle doit progressivement intégrer de nouvelles compétences liées aux sciences, au numérique et aux technologies.
Le prochain indicateur sera dans les classes
Les résultats publiés cette semaine clôturent un concours. Ils n’achèvent pas le processus.
Le véritable effet de ces 3 400 recrutements dépendra désormais de leur déploiement : quelles régions et quels établissements recevront les nouveaux enseignants, quelles pénuries seront effectivement réduites et dans quelle mesure les classes bénéficieront d’un meilleur encadrement.
C’est à ce niveau que l’investissement public devra être évalué.
Car dans l’éducation, le nombre de recrutements constitue un moyen, pas une finalité. Après plusieurs années d’efforts sur les effectifs, le prochain enjeu pour le Togo est de convertir cette montée en puissance humaine en ce qui compte finalement le plus : davantage de temps pédagogique, de meilleures conditions d’apprentissage et une présence enseignante suffisante là où les élèves en ont besoin.
La Rédaction

