Après la création de 117 communes et l’installation des conseils régionaux, la décentralisation togolaise entre dans une phase plus exigeante : celle de la capacité d’action. En ouvrant des discussions avec un représentant de l’Union africaine et des réseaux d’expertise du continent, le ministère chargé de la gouvernance locale veut mobiliser de nouveaux partenariats au service des territoires, de la jeunesse et de l’autonomisation des femmes.
La décentralisation ne se mesure pas seulement au nombre de communes créées ni à l’installation d’assemblées locales. Sa réussite dépend surtout des compétences, des ressources et des partenariats dont disposent les collectivités pour répondre aux besoins quotidiens des populations. C’est sur ce terrain que le Togo cherche désormais à consolider son dispositif de gouvernance territoriale.
Le ministère de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières a engagé, le 16 juillet à Lomé, de premiers échanges avec Lagrange Fidèle Simenou Agnankpe, assistant spécial de la Commissaire de l’Union africaine chargée du développement économique, du commerce, de l’industrie, des mines et du tourisme.
Cette prise de contact ouvre la perspective d’une coopération autour du développement des collectivités territoriales, du renforcement des capacités des acteurs locaux, de la promotion de la paix et de la sécurité, ainsi que du soutien aux initiatives portées par les femmes et les jeunes.
Faire passer la décentralisation du cadre institutionnel à l’action
Ces dernières années, le Togo a posé plusieurs jalons majeurs de sa réforme territoriale. La mise en place de 117 communes, puis l’installation des conseils régionaux, ont redessiné l’architecture de la gouvernance locale et rapproché les centres de décision des populations.
Cette transformation institutionnelle fait cependant émerger de nouveaux besoins. Les élus locaux, les administrations territoriales et les organisations communautaires doivent désormais disposer de compétences techniques plus solides pour concevoir des projets, mobiliser des financements, améliorer les services publics et assurer le suivi des politiques locales.
L’enjeu n’est donc plus uniquement d’organiser les territoires, mais de leur donner les moyens d’assumer les responsabilités qui leur sont progressivement transférées.
L’Union africaine comme passerelle vers l’expertise continentale
Les discussions ont également permis de présenter les activités du Laboratoire de recherche et d’action diplomatique, une organisation internationale déjà présente dans plusieurs pays africains, notamment au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Gabon.
Ses interventions portent principalement sur le financement de projets en faveur des femmes et des jeunes, ainsi que sur la promotion de la paix et de la sécurité. Cette expérience pourrait servir de point d’appui à des initiatives locales au Togo, dans un contexte où les collectivités sont de plus en plus appelées à prendre en charge les enjeux d’inclusion économique, de cohésion sociale et de prévention des conflits.
Pour Robert Baoubadi Bakai, directeur de cabinet du ministère, cette rencontre constitue avant tout une étape exploratoire destinée à apprécier les possibilités d’accompagnement des projets liés au développement territorial.
De son côté, Lagrange Fidèle Simenou Agnankpe a exprimé sa volonté de favoriser une collaboration plus étroite entre l’Union africaine, le ministère et les centres africains de réflexion. Une telle articulation permettrait de rapprocher l’expertise continentale des réalités locales et de soutenir des projets directement utiles aux communautés.
Les femmes et les jeunes au cœur des futurs partenariats
L’intérêt porté à l’autonomisation des femmes et des jeunes donne à cette coopération potentielle une dimension particulière. Dans de nombreuses collectivités, ces deux catégories représentent une part importante de la population active, mais restent confrontées à des difficultés d’accès au financement, à la formation et aux espaces de décision.
Des partenariats ciblés pourraient ainsi favoriser l’émergence d’activités économiques locales, soutenir l’entrepreneuriat communautaire et renforcer la participation des jeunes et des femmes à la gouvernance des territoires.
Cette orientation permettrait également de relier la politique de décentralisation aux objectifs plus larges de cohésion sociale et de développement inclusif. Une commune ou une région ne peut en effet consolider son attractivité sans investir dans les compétences de sa population et créer les conditions d’une participation plus équilibrée à la vie économique.
Le défi de la traduction opérationnelle
À ce stade, les échanges demeurent au niveau des intentions. Leur portée dépendra de la capacité des parties à identifier des projets précis, des mécanismes de financement et un calendrier de mise en œuvre.
Pour le Togo, l’enjeu consiste à faire de ces partenariats un instrument concret de renforcement des collectivités, et non un simple cadre de dialogue institutionnel. La décentralisation ne produira pleinement ses effets que si les communes et les régions deviennent capables de transformer les priorités locales en politiques publiques mesurables.
La poursuite des discussions devra donc permettre de passer de la coopération envisagée à des actions structurées, capables d’améliorer durablement la gouvernance de proximité et de renforcer le rôle des territoires dans le développement national.
La Rédaction

