La Commission électorale indépendante (CEI) a publié la liste électorale provisoire le 17 mars, marquant une étape cruciale à sept mois de l’élection présidentielle. Pourtant, l’absence de figures majeures de l’opposition, dont Laurent Gbagbo, Guillaume Soro et Charles Blé Goudé, suscite de vives réactions et alimente les tensions politiques.
Des figures de l’opposition écartées
Laurent Gbagbo, ancien président, Guillaume Soro, ex-Premier ministre, et Charles Blé Goudé, ancien ministre, ne figurent pas sur cette liste. Tous trois ont été condamnés par la justice ivoirienne, entraînant la perte de leurs droits civiques.
Laurent Gbagbo, bien qu’acquitté par la Cour pénale internationale (CPI) en 2021, reste sous le coup d’une condamnation ivoirienne de 20 ans de prison pour l’affaire du « hold-up de la BCEAO ». La grâce présidentielle accordée en 2022 par Alassane Ouattara ne lui a pas restitué ses droits civiques.
Guillaume Soro, en exil, a été condamné à la prison à vie pour atteinte à la sûreté de l’État.
Charles Blé Goudé, bien que lui aussi acquitté par la CPI, a été condamné en Côte d’Ivoire pour des faits liés à la crise postélectorale de 2010-2011.
L’opposition perçoit ces exclusions comme une manœuvre du pouvoir pour affaiblir ses adversaires avant le scrutin présidentiel.
Recours possibles et contestations
Les concernés peuvent contester leur absence jusqu’au 5 avril auprès de la CEI, qui dispose de trois options : l’ajout d’un électeur, la radiation ou la correction d’erreurs typographiques. Les décisions de la CEI peuvent être portées en appel devant le tribunal territorial, et la liste définitive des électeurs sera publiée autour du 20 juin 2025.
L’opposition, menée par le PPA-CI de Gbagbo et le Cojep de Blé Goudé, dénonce un « sabotage électoral ». Justin Koné Katinan, haut cadre du PPA-CI, accuse le gouvernement de refuser d’appliquer un arrêt de la Cour africaine des droits de l’homme, qui avait ordonné la réinscription de Gbagbo sur la liste électorale en 2020.
De son côté, Blé Goudé plaide pour une loi d’amnistie permettant de tourner la page des condamnations politiques issues de la crise de 2010-2011.
Réactions du gouvernement et du RHDP
Face aux accusations, le RHDP, parti au pouvoir, assure qu’il ne joue aucun rôle dans l’exclusion de ces candidats. Le porte-parole du parti, Mamadou Touré, souligne que la loi s’applique à tous et que le Parlement, où l’opposition est représentée, est le cadre approprié pour discuter d’une éventuelle amnistie.
Le cas Tidjane Thiam : un dossier sensible
Le chef du PDCI, Tidjane Thiam, figure bien sur la liste provisoire. Pourtant, sa nationalité a suscité un débat juridique. Ayant acquis la nationalité française en 1987, il a officiellement renoncé à celle-ci, condition nécessaire pour sa candidature en Côte d’Ivoire. Mais une loi de 1960 pourrait poser problème : elle stipule que tout Ivoirien adoptant une autre nationalité perd automatiquement la nationalité ivoirienne.
Malgré ces controverses, Thiam affirme répondre aux critères et reste dans la course à la présidentielle.
Un climat politique tendu à l’approche du scrutin
L’exclusion de figures majeures de l’opposition, combinée aux incertitudes juridiques autour de Tidjane Thiam, contribue à un climat électoral explosif. À sept mois du scrutin, la bataille pour la transparence du processus électoral s’annonce intense, entre recours juridiques et mobilisation politique.
La Rédaction

