Abidjan – Trois ans après son retour en Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo poursuit sa reconquête politique. L’ancien président, désigné par le Comité central du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) comme candidat « naturel » à la présidentielle de 2025, sera officiellement investi par son parti lors d’une grande convention à Abidjan. Plus de 2 000 délégués venus de toutes les régions du pays sont attendus pour cette investiture solennelle.
Mais entre ferveur partisane et réalités juridiques, l’épopée politique de l’ancien détenu de La Haye se heurte à de nombreux obstacles. Radié des listes électorales et toujours sous le coup d’une condamnation à 20 ans de prison pour le casse de la BCEAO, le “Woody de Mama” n’a, à ce jour, aucune garantie de pouvoir briguer la magistrature suprême.
Une stratégie politique de pression ?
Cette investiture intervient dans un climat de forte incertitude. Laurent Gbagbo ne peut, pour l’instant, légalement se présenter à l’élection présidentielle. Dès lors, son acceptation de cette candidature pourrait s’interpréter comme une tentative de mettre la pression sur le pouvoir en place ou de forcer un compromis politique, en vue d’une réhabilitation qui lui ouvrirait à nouveau les portes du scrutin.
Dans ce contexte, le pari semble risqué, mais calculé. À défaut de pouvoir entrer dans l’arène électorale aujourd’hui, Gbagbo joue la carte de la légitimité politique face à ses militants, espérant peut-être peser dans un futur dialogue. Car si l’on évoque de plus en plus une possible quatrième candidature d’Alassane Ouattara, celui-ci a déjà laissé entendre qu’il ne se représenterait pas si ses deux principaux rivaux – feu Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo – se retiraient également. La donne a changé depuis la disparition de Bédié en 2023.
Le spectre des crises passées
Le retour en scène de Gbagbo pourrait réveiller de vieux démons dans une Côte d’Ivoire encore marquée par les séquelles de la crise postélectorale de 2010-2011. Son investiture intervient dans un climat de méfiance où la mémoire des violences récentes reste vive. Beaucoup espéraient, après la réélection controversée de Ouattara en 2020 et la mort de Bédié, un passage de témoin à une nouvelle génération politique capable d’apaiser les tensions.
Mais cette perspective semble s’éloigner. L’échec du PPA-CI aux élections locales et sénatoriales de 2023 a démontré l’essoufflement du parti sur le terrain. Face au RHDP d’Alassane Ouattara, qui continue d’exercer une domination écrasante, l’investiture de Gbagbo peut apparaître comme un baroud d’honneur, ou alors comme le premier acte d’une stratégie plus complexe, dont seuls lui et ses fidèles ont le secret.
Vers une présidentielle de tous les dangers ?
Cette investiture pourrait ouvrir la voie à d’autres annonces : celle de Charles Blé Goudé, qui nourrit également l’ambition de diriger le pays, ou encore celle d’Alassane Ouattara, dont les partisans appellent déjà à un quatrième mandat. Le risque d’un nouveau face-à-face entre anciens rivaux plane, dans un pays qui n’a toujours pas fini de panser ses plaies.
La Côte d’Ivoire, une fois de plus, se retrouve à la croisée des chemins. Reste à savoir si elle choisira la voie de l’apaisement ou celle d’un retour aux confrontations politiques explosives.
La Rédaction

