C’est une scène que la pluie n’a pas pu dissoudre. À Abidjan, une foule compacte, habillée de vert et de blanc, les couleurs du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), s’est massée ce samedi devant le siège de la Commission électorale indépendante (CEI). Objectif : réclamer la réintégration de Tidjane Thiam dans la course présidentielle.
Un rassemblement sous la pluie et dans le calme
Malgré des averses persistantes, les manifestants ont défilé dans une atmosphère tendue mais pacifique. Les slogans étaient sans ambiguïté : « Justice corrompue ! », « Thithi président ! » pouvait-on entendre tout au long de la mobilisation. Pour les partisans de Thiam, l’enjeu dépasse largement une simple candidature : il s’agit, disent-ils, de défendre la démocratie et l’équité électorale.
Un rejet controversé pour cause de double nationalité
Le 4 juin, la CEI a écarté Tidjane Thiam de la liste définitive des candidats, en raison de sa double nationalité franco-ivoirienne. Si l’ancien patron du Crédit Suisse affirme avoir officiellement renoncé à sa nationalité française dès mars 2025, la décision des autorités reste inchangée.
« Au-delà de mon cas personnel, il s’agit d’un combat pour la démocratie dans notre pays », a réagi M. Thiam dans une vidéo diffusée sur Facebook. « Je serai bientôt à Abidjan pour poursuivre ce combat avec vous. »
Le PDCI saisit la CEI pour contester
En marge de la mobilisation, une délégation du PDCI a été reçue au siège de la CEI pour déposer une lettre officielle demandant la réintégration des candidats exclus. « Nous dénonçons fermement le retrait arbitraire et injuste du président Thiam et d’autres leaders de l’opposition », a déclaré Sylvestre Emmou, secrétaire exécutif du parti.
Le PDCI, historiquement ancré dans la vie politique ivoirienne, voit dans cette exclusion un précédent dangereux pour le pluralisme démocratique à l’approche du scrutin.
Un climat politique à haut risque
L’exclusion de Thiam s’inscrit dans un climat de tension grandissante. Le parti au pouvoir, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), s’apprête à tenir son congrès avant la fin du mois. Le président Alassane Ouattara est attendu pour y confirmer sa candidature à un quatrième mandat. Une décision rendue possible, selon lui, par la révision constitutionnelle de 2016 — une interprétation vivement contestée par l’opposition.
Les souvenirs de 2010 refont surface
Cette montée des tensions ravive les plaies encore vives de la crise post-électorale de 2010-2011, qui avait fait plus de 3 000 morts. En 2020 déjà, l’opposition avait boycotté l’élection présidentielle, dénonçant un processus verrouillé.
À quelques mois du scrutin prévu le 25 octobre, les signaux d’alerte se multiplient. Exclusions, contestations, soupçons de manipulation : autant d’éléments qui font craindre une nouvelle spirale de violence si le processus n’est pas rapidement rééquilibré.
La Rédaction

