Dans les pays ravagés par les conflits et l’instabilité institutionnelle, donner la vie devient un pari tragique. Selon les dernières estimations publiées par l’Organisation mondiale de la Santé, près des deux tiers des décès maternels mondiaux surviennent dans des États en guerre ou fragiles. Une femme vivant dans ces contextes court environ cinq fois plus de risques de mourir de complications liées à la grossesse qu’une femme résidant dans un pays stable.
L’architecture sanitaire pulvérisée
La mortalité maternelle constitue un indicateur sentinelle des failles systémiques. Lorsque les hôpitaux sont détruits, que le personnel médical fuit l’insécurité et que les chaînes logistiques se rompent, l’obstétrique d’urgence devient inaccessible.
Les consultations prénatales se raréfient, les accouchements assistés disparaissent et les complications — hémorragies, éclampsies, infections — deviennent létales faute d’intervention rapide. Ce qui est gérable dans un pays stable devient fatal dans un environnement en crise.
Une fracture statistique mondiale
En 2023, environ 160 000 femmes sont mortes de causes maternelles évitables dans des pays fragiles ou affectés par des conflits. Cela représente six décès sur dix dans le monde, alors que ces pays ne concentrent qu’une naissance vivante sur dix.
Le ratio de mortalité maternelle atteint environ 504 décès pour 100 000 naissances vivantes dans les pays touchés par un conflit, et 368 dans ceux jugés institutionnellement et socialement fragiles. À titre comparatif, dans plusieurs pays à revenu élevé, ce taux descend sous la barre des 10 pour 100 000, révélant l’ampleur du déséquilibre global.
La maternité prise en étau
La guerre multiplie les vulnérabilités. Elle accroît la pauvreté, désorganise les transports, fragilise les chaînes logistiques et expose davantage les femmes aux violences. L’accès aux soins devient géographiquement et financièrement incertain, et les retards dans la prise en charge, principal facteur de mortalité maternelle, se multiplient.
À cela s’ajoute la dégradation des systèmes d’enregistrement des naissances et des décès, rendant la planification et la réponse humanitaire plus complexes.
Un défi politique et humanitaire
La mortalité maternelle en zone de conflit dépasse la seule question sanitaire. Elle constitue un baromètre de la gouvernance et de la stabilité des États. Réduire ces décès exige la reconstruction des infrastructures, la sécurisation du personnel médical, la formation des sages-femmes et l’intégration des soins obstétricaux d’urgence dans l’aide humanitaire.
Tant que les conflits et la fragilité institutionnelle persisteront, l’objectif mondial de réduction de la mortalité maternelle restera hors d’atteinte. Derrière chaque chiffre se cache une réalité implacable : dans certaines régions du monde, donner la vie demeure un acte à haut risque.
La Rédaction

