Côte d’Ivoire : créer un film ne garantit plus qu’il rencontrera son public. Pour sa 6e édition, organisée du 1er au 3 octobre à Abidjan, le Salon du cinéma O’Féminin place la distribution et la découvrabilité au cœur de ses travaux. Un choix qui met en lumière l’un des principaux défis du cinéma africain francophone : transformer davantage de créations en œuvres réellement visibles et accessibles.
Des films sont écrits, financés et tournés en Afrique francophone, parfois sélectionnés dans des festivals, sans nécessairement parvenir jusqu’à un public suffisamment large. Entre le manque de circuits de distribution, le nombre limité d’écrans et la difficulté à émerger sur les plateformes numériques, la production ne constitue qu’une partie du chemin.
C’est à ce problème que le Salon du cinéma O’Féminin (SCF) veut consacrer sa sixième édition à Abidjan. Le thème retenu, « Distribution et découvrabilité des œuvres cinématographiques en Afrique francophone : difficultés et solutions possibles », déplace ainsi le débat de la création vers ce qui se passe après le tournage.
Produire ne suffit plus
La question de la « découvrabilité » est devenue centrale avec la multiplication des contenus numériques. Un film peut aujourd’hui être disponible sur une plateforme sans être réellement visible : s’il n’est ni recommandé, ni correctement référencé, ni suffisamment promu, son existence numérique ne garantit pas qu’il trouve son public.
Pour les cinéastes africains, l’enjeu consiste donc à maîtriser une chaîne beaucoup plus large : production, festivals, distribution, communication, plateformes et commercialisation. L’UNESCO identifie depuis plusieurs années la distribution et l’accès aux marchés parmi les obstacles qui empêchent le potentiel du cinéma africain de se convertir pleinement en industrie durable.
O’Féminin prévoit ainsi un atelier consacré aux stratégies de circulation des œuvres africaines. Le salon veut également développer, à plus long terme, un circuit itinérant de projections en Côte d’Ivoire et favoriser l’émergence d’un véritable marché du court-métrage.
Faire une place durable aux femmes
Cette question prend une dimension supplémentaire pour les réalisatrices et productrices. Créé en 2021 par Rita Ambeu, le SCF cherche précisément à renforcer leur présence dans un secteur où l’accès aux financements, aux réseaux professionnels et aux débouchés reste déterminant.
Selon les chiffres communiqués par l’organisation, le salon a accueilli 3 176 participants depuis sa création, formé plus de 389 personnes et accompagné 48 jeunes femmes. Dix projets ont été structurés et six courts-métrages produits. Trois circulent déjà dans les festivals internationaux, avec plus de 22 sélections et cinq récompenses.
Le concours « Pitch O’Féminin » poursuivra cette logique en sélectionnant cinq jeunes cinéastes qui bénéficieront de mentorat, de stages et d’opportunités dans des festivals. Un Espace Carrière doit également réunir masterclass, projections et dispositifs d’insertion professionnelle.
D’Abidjan aux circuits internationaux
Le défi consiste désormais à transformer cet accompagnement en accès durable aux marchés. Le partenariat annoncé avec l’Ambassade de France doit notamment permettre au salon de représenter la Côte d’Ivoire en 2027 au Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand, l’un des rendez-vous majeurs du secteur.
La présence annoncée à Abidjan du Festival du film africain de Bruxelles participe de la même stratégie : multiplier les connexions entre créateurs locaux et réseaux internationaux.
Pour O’Féminin, le prochain cap est donc moins de prouver que des femmes africaines peuvent produire des films que de construire les chemins permettant à ces films de circuler. Car dans une industrie saturée de contenus, une œuvre qui ne parvient pas à être trouvée risque presque autant l’invisibilité qu’une œuvre qui n’aurait jamais été produite.
La Rédaction
Sources : Salon du cinéma O’Féminin ; UNESCO.

