Le développement des logements, routes et infrastructures continuera d’alimenter la demande togolaise en ciment. Mais cette croissance porte son propre risque climatique : sans transformation de l’industrie, les émissions du secteur pourraient doubler d’ici 2050. Réunis depuis mardi à Lomé, cimentiers, pouvoirs publics et experts cherchent désormais à résoudre cette équation. Une partie de la réponse pourrait venir d’un changement beaucoup plus concret qu’une technologie futuriste : fabriquer le ciment avec moins de clinker.
Le chiffre donne la mesure du défi. La production destinée au marché togolais aurait généré environ 900 000 tonnes de CO₂ en 2023. En suivant la progression attendue de la demande, ce volume pourrait atteindre 1,8 million de tonnes en 2050 en l’absence de mesures de réduction.
C’est précisément ce scénario que la feuille de route engagée par la filière veut éviter. Après une première phase de travail en 2025, les acteurs du secteur sont réunis pendant trois jours au siège de CIMTOGO afin de traduire les orientations retenues en mesures applicables, investissements et calendrier.
Le clinker au cœur de l’équation
Le principal levier se trouve dans la composition du ciment. Le clinker, obtenu par cuisson à très haute température de matières riches en calcaire, concentre une part importante des émissions. En réduire la proportion permet donc d’agir simultanément sur les émissions issues du procédé chimique et sur l’énergie nécessaire à sa fabrication.
La feuille de route togolaise envisage ainsi de faire passer la part de clinker d’environ 65 % actuellement à 40 % à l’horizon 2050.
Parmi les solutions étudiées figure le LC3, un ciment associant notamment clinker, calcaire et argile calcinée. Les travaux de l’École polytechnique fédérale de Lausanne montrent que cette technologie peut réduire d’environ 40 % les émissions de CO₂ par rapport à un ciment conventionnel, tout en conservant des performances comparables. Elle présente surtout un intérêt immédiat : contrairement à la capture du carbone, elle est déjà techniquement utilisable.
Pour le Togo, l’enjeu sera désormais de confirmer à l’échelle industrielle la disponibilité, la qualité et le coût des matières premières locales nécessaires à cette substitution.
Les déchets peuvent aussi remplacer une partie des combustibles
Le deuxième chantier concerne les fours. L’industrie étudie le remplacement progressif des combustibles fossiles par des ressources alternatives, notamment certains déchets agricoles ou municipaux.
L’intérêt est double : diminuer la consommation de combustibles conventionnels tout en offrant un débouché à une partie des déchets valorisables. Mais cette solution suppose une filière organisée de collecte, de tri et de préparation. Un déchet ne devient pas automatiquement un combustible industriel parce qu’il existe en quantité.
Heidelberg Materials Togo, maison mère de CIMTOGO, indique déjà travailler sur les combustibles alternatifs, le solaire et un projet de plateforme de valorisation énergétique des déchets.
Le véritable test sera économique
La décarbonation du ciment togolais ne dépendra donc pas seulement des technologies disponibles. Elle se jouera également dans les normes de construction, les investissements industriels, l’organisation de la filière des déchets et le coût final des nouveaux procédés.
La capture du CO₂ figure bien parmi les solutions envisagées à plus long terme, mais son coût la rend aujourd’hui difficilement applicable dans le contexte régional. À court terme, la réduction du clinker et les combustibles alternatifs apparaissent donc comme les leviers les plus accessibles.
Pour le Togo, l’enjeu est particulièrement concret : continuer à construire sans faire progresser les émissions au même rythme que la consommation de ciment. Les trois jours de travaux de Lomé devront précisément montrer si la trajectoire fixée pour 2050 peut désormais quitter les feuilles de route pour entrer dans les cimenteries.
La Rédaction
Sources : EPFL ; Global Cement ; travaux de la filière cimentière togolaise.

