Qui intervient, au nom de quelle autorité et jusqu’où ? Derrière les questions de chefferie traditionnelle se rencontrent des règles coutumières, des procédures administratives et les compétences des collectivités locales. La tournée nationale partie de Dapaong le 16 septembre remet précisément cette articulation au centre : prévenir les conflits suppose aussi que chacun sache où commence et où s’arrête sa responsabilité.
Le chef traditionnel occupe une position singulière. Il tire une partie de sa légitimité des usages de sa communauté, tout en exerçant ses fonctions dans un cadre défini par l’État. Autour de lui interviennent également préfets, maires et administrations locales.
Cette coexistence fait de la chefferie un espace où tradition et organisation administrative doivent continuellement s’articuler. Le droit togolais l’encadre notamment par la loi du 8 janvier 2007 relative à la chefferie traditionnelle et au statut des chefs traditionnels, complétée par un décret d’application adopté en 2016.
Près de vingt ans après l’adoption de cette loi, la question n’est donc plus seulement de disposer de textes. Elle est aussi de parvenir à une compréhension commune de leur application sur le terrain.
Quand plusieurs légitimités se rencontrent
La désignation d’un chef illustre cette particularité. La législation togolaise reconnaît des procédures qui prennent en compte les usages locaux, notamment la voie coutumière ou la consultation populaire, tandis que la reconnaissance des chefs de canton relève ensuite d’un décret en Conseil des ministres. Quinze chefs de canton ont encore été officiellement reconnus par cette procédure en 2026.
Cette articulation explique pourquoi la gestion de la chefferie ne concerne pas uniquement les détenteurs de l’autorité traditionnelle. Elle implique aussi l’administration territoriale et, dans la vie quotidienne des communautés, les collectivités locales.
Une mauvaise compréhension des attributions peut alors nourrir incompréhensions ou contestations. Le véritable enjeu de la tournée actuellement menée par le ministère de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières est donc moins d’enseigner des textes que de construire une lecture partagée des responsabilités.
Préfets, maires, secrétaires généraux, responsables municipaux et chefs traditionnels sont ainsi associés aux différentes étapes. Partie de Dapaong, la tournée doit se poursuivre jusqu’au 26 septembre en passant par Mango, Kara, Bassar, Sokodé, Atakpamé, Kpalimé et Tsévié, avant de s’achever à Adétikopé.
Une institution ancienne face à une gouvernance locale qui évolue
Cette clarification intervient alors que l’environnement institutionnel de la chefferie lui-même évolue.
En octobre 2025, le ministère avait engagé un processus de relecture du cadre légal afin d’en examiner les insuffisances, les incohérences éventuelles et l’adaptation aux transformations des communautés.
La démarche donne une autre portée à la tournée actuelle. Maîtriser les règles existantes est nécessaire pour gérer les situations présentes ; leur réexamen pose déjà la question de la place que l’on souhaite donner demain à l’autorité traditionnelle dans une organisation territoriale où les communes disposent elles aussi de responsabilités croissantes.
Il ne s’agit pas pour autant de confondre leurs fonctions. Le ministère de l’Administration territoriale est chargé de la politique de l’État en matière de chefferie traditionnelle et présente celle-ci comme une institution participant à la préservation des usages et des équilibres socioculturels. Les collectivités territoriales relèvent, de leur côté, du cadre de la décentralisation et de compétences propres.
Prévenir le conflit avant d’avoir à l’arbitrer
C’est probablement sur ce terrain que la tournée trouvera sa véritable utilité. Dans les affaires coutumières, attendre qu’un différend soit installé pour déterminer qui devait intervenir, quelle procédure devait être suivie ou quelle autorité était compétente revient souvent à agir trop tard.
La prévention passe donc aussi par la lisibilité institutionnelle. Un chef qui connaît précisément ses prérogatives, un maire qui distingue son champ d’intervention et un préfet qui maîtrise les procédures disposent de davantage de repères pour traiter une difficulté avant qu’elle ne se transforme en confrontation locale.
La tournée nationale en cours ne réglera évidemment pas, à elle seule, toutes les questions liées à la chefferie. Elle met cependant en évidence un enjeu essentiel : dans une gouvernance locale où se côtoient légitimité coutumière, administration de l’État et pouvoir communal, la paix dépend aussi de la clarté des rôles.
La Rédaction

