Le gouvernement cambodgien a approuvé un projet de loi visant à criminaliser la remise en cause du génocide et des crimes perpétrés sous le régime des Khmers rouges. Ce texte, qui prévoit des peines allant jusqu’à cinq ans de prison, doit encore être validé par le Parlement, où son adoption ne fait guère de doute.
Une législation adoptée dans un contexte sensible
Vendredi, sous la présidence du Premier ministre Hun Manet, l’exécutif cambodgien a donné son feu vert à une mesure législative imposant des sanctions lourdes contre toute tentative de nier ou minimiser les crimes des Khmers rouges (1975-1979). Le texte prévoit des peines d’un à cinq ans de prison ainsi que des amendes pouvant atteindre 125 000 dollars.
Son approbation intervient à quelques mois du 50ᵉ anniversaire de la prise de pouvoir du régime de Pol Pot, le 17 avril 1975, une date marquante dans l’histoire du pays. Il répond à une demande formulée par l’ancien Premier ministre Hun Sen, qui reste une figure influente de la politique nationale. En mai dernier, il avait dénoncé le fait que certains responsables politiques continuent de contester la réalité du génocide et avait appelé à une réponse législative ferme.
Une loi qui renforce un précédent texte de 2013
Cette nouvelle législation vient remplacer une loi adoptée en 2013 sous l’impulsion de Hun Sen, qui sanctionnait déjà la négation des atrocités commises sous les Khmers rouges. À l’époque, les peines prévues étaient moins sévères, allant de six mois à deux ans de prison, avec des amendes bien inférieures à celles envisagées aujourd’hui.
Le texte de 2013 avait suscité des controverses, notamment lorsqu’il avait été utilisé contre Kem Sokha, alors l’un des principaux dirigeants de l’opposition. Un enregistrement diffusé par le gouvernement le présentait comme contestant l’existence du centre de torture S-21, une accusation qu’il avait rejetée en dénonçant une manipulation politique. Certains observateurs avaient alors perçu la loi comme un moyen de réprimer les voix dissidentes plutôt qu’un outil de préservation de la mémoire nationale.
Le renforcement des sanctions suscite donc des interrogations : s’agit-il d’un réel effort pour lutter contre le révisionnisme historique ou d’une nouvelle arme judiciaire contre l’opposition ? Hun Sen, qui fut lui-même un cadre des Khmers rouges avant de faire défection, avait justifié cette réforme en affirmant que certains opposants pourraient chercher à attiser des troubles politiques comparables à ceux ayant conduit aux violences du passé.
Une mémoire encore douloureuse
Entre 1975 et 1979, le régime des Khmers rouges a instauré un système totalitaire ayant conduit à la mort de près de deux millions de Cambodgiens, victimes d’exécutions de masse, de famine et de travaux forcés. L’impact de cette période reste profond dans la société cambodgienne.
Pour juger les responsables de ces atrocités, un tribunal spécial soutenu par l’ONU avait été mis en place en 2006. Après plusieurs années de procès, il a officiellement reconnu que le régime khmer rouge avait commis un génocide ainsi que de multiples crimes contre l’humanité. Son dernier verdict a été rendu en 2022 avant sa dissolution.
Avec cette nouvelle loi, le gouvernement affirme vouloir préserver la vérité historique et empêcher toute falsification du passé. Mais dans un pays où les lois ont souvent servi à écarter l’opposition, cette initiative ne manque pas d’inquiéter ceux qui redoutent un usage politique du texte.
La Rédaction

