OUAGADOUGOU – Dans le cadre de la « révolution progressiste et populaire » portée par les autorités de transition burkinabè, les administrations publiques sont désormais invitées à adopter systématiquement le terme « camarade » dans leurs interactions avec les citoyens. Une directive gouvernementale vient formaliser cet usage dans les communications officielles, renforçant la tonalité idéologique du discours administratif.
Une directive qui redéfinit le langage administratif
Selon une instruction transmise par le Premier ministre Jean Emmanuel Ouédraogo, les membres du gouvernement ainsi que les responsables d’institutions sont tenus d’intégrer l’appellation « camarade » dans leurs correspondances, discours et prises de parole publiques. Cette décision s’inscrit dans une volonté affichée d’harmoniser le langage officiel avec l’idéologie politique actuelle.
Dans cette nouvelle orientation, le vocabulaire administratif devient un instrument politique à part entière. L’usage du terme « camarade » vise à traduire, selon les autorités, un principe d’égalité et de proximité entre l’État et les citoyens.
Un choix linguistique à forte charge politique
Cette évolution s’inscrit dans un contexte de recomposition institutionnelle amorcé après l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, qui revendique une « révolution progressiste et populaire ». Le langage administratif accompagne ainsi une transformation plus large des symboles de l’État, déjà marquée par le changement de dénomination de plusieurs ministères et institutions.
En imposant un lexique uniformisé, les autorités cherchent également à renforcer une identité politique commune au sein de l’administration, dans un contexte de mobilisation idéologique assumée.
Une mesure qui interroge la relation État-citoyens
Au-delà de l’aspect symbolique, cette directive soulève des interrogations sur la frontière entre communication administrative et discours politique. Le recours systématique à une terminologie militante dans les échanges officiels traduit une volonté de rapprocher l’appareil d’État du discours révolutionnaire, tout en redéfinissant les codes traditionnels de l’administration publique.
Dans un pays engagé dans une transition politique et sécuritaire complexe, ce choix lexical participe à la construction d’un récit institutionnel unifié, où le langage devient un outil de cohésion autant que de légitimation.
La Rédaction

