Brasília – Juillet 2025.
Sous les palmiers de l’Amazone et derrière les chiffres officiels encore rassurants, le Brésil tremble. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les relations commerciales entre les États-Unis et leur plus grand partenaire sud-américain se sont tendues au point de faire chanceler plusieurs piliers de l’économie brésilienne. En ligne de mire : des droits de douane massifs, imposés au nom du “Buy American Act 2.0”, qui placent les agriculteurs, les industriels et le gouvernement brésilien dans une zone de turbulences.
Un tarif choc : 50 % sur la table
Le 9 juillet 2025, Donald Trump annonce un tarif de 50 % sur l’ensemble des produits brésiliens importés aux États-Unis, applicable dès le 1er août. Café, viande bovine, jus d’orange, aluminium, sucre, açaí : la mesure est brutale, généralisée, sans exception. Elle survient après une première vague de surtaxes de 10 %, imposée en avril, et un relèvement à 25 % sur l’acier et l’aluminium dès mars.
C’est la goutte de trop pour une économie brésilienne qui, si elle n’était pas en récession, naviguait déjà à vue, entre inflation persistante et endettement structurel. Dans les campagnes de Bahia, les producteurs de café accusent le coup. À São Paulo, les coopératives d’exportation de jus d’orange parlent déjà de “désastre annoncé”. Dans la presse économique locale, un mot circule : crise.
Des pertes immédiates, un avenir incertain
Le Brésil exporte près de 60 % de son jus d’orange et un tiers de son café vers les États-Unis. Ces deux produits, emblématiques et générateurs d’emplois, sont désormais surtaxés au point de devenir non compétitifs sur le marché américain. Les acheteurs se tournent déjà vers le Mexique, le Vietnam ou l’Éthiopie. Selon l’Association brésilienne des exportateurs de café (ABEC), les contrats pour septembre et octobre sont en chute libre, avec des pertes estimées à plus de 420 millions de dollars.
La région de Ribeirão Preto, cœur de la ceinture des agrumes, est en ébullition. « Nous avions prévenu qu’un retour de Trump poserait problème. Là, c’est un tsunami », lâche amèrement Fernando M. Alves, responsable logistique d’une grande coopérative. Plusieurs exploitants parlent déjà de licenciements massifs dès août.
Un PIB résistant, mais des signaux d’alerte partout
Officiellement, le Brésil continue d’afficher une croissance prévisionnelle de 2,4 % pour l’année 2025. Mais les experts sont prudents : les effets des tarifs ne sont pas encore entièrement intégrés aux prévisions. Fitch Ratings parle d’un ralentissement inévitable au second semestre, tandis que la Banque centrale brésilienne s’inquiète d’une inflation qui flirte avec les 5,2 %, au-dessus de la cible officielle.
La monnaie nationale, le réal, a perdu 2 % de sa valeur face au dollar en juillet, rendant les importations plus coûteuses et affectant les marges des industriels. Les entreprises du secteur de la transformation (agroalimentaire, métallurgie) reportent déjà des investissements.
La réponse politique : entre fermeté et impuissance
À Brasília, la réponse du gouvernement Lula II est mesurée mais ferme. Le ministère des Affaires étrangères a saisi l’OMC, tandis qu’une “Loi de Réciprocité Commerciale” a été votée à la hâte au Congrès. Elle autorise le Brésil à surtaxer à son tour des produits américains, une décision à haute charge symbolique, mais à faible portée économique. La réalité : les États-Unis sont un partenaire incontournable, représentant près de 13 % des exportations brésiliennes.
« Le Brésil paie aujourd’hui l’absence d’une diplomatie commerciale forte et anticipative. Nous avons été pris de court », reconnaît un conseiller du ministère du Commerce, sous couvert d’anonymat.
Un parfum de guerre froide économique
Au-delà des chiffres, c’est un climat de tension géopolitique qui s’installe. Pour Donald Trump, le Brésil est une pièce sur l’échiquier de sa stratégie « America First, again ». Pour le Brésil, c’est un test grandeur nature : celui de sa capacité à diversifier ses partenaires, à résister aux chocs et à repenser son modèle d’exportation.
Certains économistes y voient un moment de bascule. « C’est peut-être la fin d’un cycle. Le Brésil doit désormais se tourner vers l’Asie, renforcer ses accords intra-Mercosur et investir dans la transformation locale », estime Helena Costa, analyste au Centre d’Études Stratégiques de São Paulo.
Le Brésil n’est pas (encore) en crise systémique. Mais les signaux sont là, clairs, puissants, inquiétants. En quelques mois, l’administration Trump a déclenché une onde de choc qui bouleverse les équilibres économiques du pays. Pour les producteurs, les industriels et les travailleurs brésiliens, l’été 2025 s’annonce brûlant, bien au-delà du climat tropical.
La Rédaction

