La gouvernance locale est souvent présentée comme un chantier administratif. Au Togo, elle est désormais traitée comme un enjeu de structuration de l’État. En s’engageant dans un nouveau programme de coopération avec la France consacré aux territoires, Lomé ne cherche pas seulement à améliorer la gestion communale ou régionale : le pays interroge la manière dont l’autorité publique s’exerce, se partage et se légitime hors du centre.
Ce partenariat, formalisé autour de la gouvernance territoriale, s’inscrit dans une séquence politique précise : celle d’un État qui assume la décentralisation non plus comme une concession institutionnelle, mais comme un outil de maîtrise du développement, de stabilisation administrative et de cohésion nationale.
La décentralisation, terrain stratégique de l’État togolais
Longtemps cantonnée au rang de promesse politique, la décentralisation est désormais traitée comme une architecture de pouvoir. Communes, régions, gouvernorats : ces entités ne sont plus de simples relais exécutifs, mais les futurs centres nerveux de politiques publiques appelées à répondre à des attentes locales de plus en plus pressantes.
Le programme baptisé « Coopération dans le domaine de la gouvernance territoriale », prévu pour la période 2025–2027, s’inscrit dans cette bascule. Doté d’un financement de 620 millions de francs CFA, il ne vise pas à créer de nouvelles structures, mais à muscler celles qui existent, en leur donnant ce qui fait souvent défaut aux réformes africaines : la compétence, la méthode et la continuité.
Former le pouvoir plutôt que le décréter
Le cœur du dispositif repose sur un choix politique assumé : former avant de transformer. L’Agence nationale de formation des collectivités territoriales (ANFCT) devient la pierre angulaire du projet, appelée à renforcer son rôle dans la professionnalisation des acteurs locaux.
Face à elle, le Centre national français de la fonction publique territoriale (CNFPT) apporte une expertise forgée par des décennies de gestion locale, de formation des élus et d’administration territoriale. L’enjeu n’est pas l’importation d’un modèle français, mais l’adaptation de pratiques éprouvées à la réalité institutionnelle togolaise.
Cette coopération vise un transfert de compétences ciblé : gestion administrative, pilotage de projets, gouvernance financière, coordination entre niveaux de décision. Autant de domaines où se joue, concrètement, l’efficacité de la décentralisation.
Communes et régions : sortir de l’apprentissage perpétuel
Le programme s’attaque à un écueil bien connu : celui des collectivités condamnées à l’expérimentation permanente. La Faîtière des Communes du Togo (FCT) est appelée à jouer un rôle accru, non seulement comme organe de représentation, mais comme espace de structuration de la coopération décentralisée.
Parallèlement, les régions et les gouvernorats bénéficient d’un accompagnement spécifique dans un contexte de régionalisation encore jeune, où les lignes de compétence restent en construction. L’objectif est d’éviter que la décentralisation ne produise une fragmentation administrative ou une dilution des responsabilités.
Un signal politique assumé
Pour le ministre de l’Administration territoriale, Awaté Hodabalo, ce partenariat s’inscrit dans la vision portée par le président du Conseil, Faure Gnassingbé : faire de la gouvernance locale un levier de stabilité, de développement équilibré et de cohésion nationale.
Le message est clair : l’État central ne se retire pas, il se reconfigure. Il délègue, mais structure. Il transfère des compétences, mais en encadre l’exercice.
Au-delà de la coopération, un pari sur la durée
Ce programme franco-togolais ne se mesure pas à l’aune des séminaires ou des sessions de formation qu’il produira. Il sera jugé à sa capacité à transformer les collectivités locales en acteurs crédibles, capables de décider, d’exécuter et de rendre compte.
Dans une région où la gouvernance territoriale est devenue un terrain de tensions politiques et sociales, le Togo fait un pari discret mais stratégique : construire la légitimité de l’État par ses territoires.
Un chantier structurel, technique en apparence, mais profondément politique.
La Rédaction

