En 2024, l’Argentine a franchi une étape économique majeure en enregistrant son premier excédent budgétaire depuis 2010. Cette prouesse financière, portée par les mesures d’austérité drastiques du président Javier Milei, marque un tournant pour une nation longtemps enlisée dans des déficits chroniques et une inflation galopante. Pourtant, ce succès économique s’accompagne de sacrifices sociaux significatifs, alimentant un débat national sur les coûts humains de la rigueur budgétaire.
Un excédent budgétaire inédit en 14 ans
Après plus d’une décennie de déficits, l’Argentine a enregistré un excédent budgétaire de 1,76 billion de pesos en 2024, soit environ 0,3 % du PIB. Plus impressionnant encore, le solde primaire – qui exclut les paiements de la dette – a atteint un surplus de 10,41 billions de pesos, correspondant à 1,8 % du PIB.
Ces résultats marquent une rupture avec des années de gestion financière marquées par des déséquilibres et des emprunts massifs. Ils traduisent également le succès des réformes engagées par le président Milei, élu sur un programme visant à redresser l’économie et à restaurer la confiance des investisseurs.
L’austérité signée Milei : des résultats et des critiques
Pour atteindre cet objectif, Javier Milei a mis en œuvre un programme de rigueur budgétaire sans précédent. Ses mesures incluent :
•Une réduction de 30 % des dépenses publiques, touchant principalement les subventions pour le gaz, l’électricité et d’autres services essentiels.
•La suppression de 35 000 emplois publics, marquant un tournant dans la gestion de la fonction publique.
•La privatisation de certains services, dans une volonté de réduire le rôle de l’État.
Cette approche, surnommée “la tronçonneuse budgétaire”, reflète l’idéologie libertarienne du président. Si elle a permis de redresser les comptes publics, elle a également creusé les inégalités sociales, alimentant des critiques de la part de l’opposition et des syndicats.
Malgré tout, la popularité de Milei reste stable à 50 %, signe que de nombreux Argentins soutiennent ses efforts pour rétablir la discipline budgétaire.
Une inflation freinée et des perspectives de croissance
L’effet immédiat de cette rigueur budgétaire a été une baisse notable de l’inflation. En un an, le taux annuel est passé de 211 % à 120 %, et l’inflation mensuelle est tombée sous la barre des 3 % en décembre 2024, un niveau inédit depuis quatre ans.
Ces progrès offrent des perspectives encourageantes. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une reprise économique avec une croissance de 5 % en 2025 et des performances similaires pour 2026. Si ces prévisions se concrétisent, l’Argentine pourrait enfin sortir du cercle vicieux des crises économiques récurrentes.
Le coût social d’un succès économique
Cependant, ces résultats ne racontent qu’une partie de l’histoire. Derrière le redressement budgétaire se cache une réalité sociale alarmante :
•53 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, un niveau record en deux décennies.
•Les salaires réels ont chuté de 10 %, accentuant la précarité des classes moyennes et populaires.
•Le secteur manufacturier a connu une baisse d’activité, fragilisant davantage l’emploi.
Ces chiffres révèlent les limites d’une austérité brutale, qui, bien qu’efficace sur le plan financier, aggrave les disparités sociales.
Un équilibre à trouver
Le retour à l’excédent budgétaire est une victoire symbolique pour Javier Milei et un signal positif pour les investisseurs étrangers. Cependant, la durabilité de ce succès dépendra de la capacité du gouvernement à concilier discipline budgétaire et équité sociale.
Pour transformer ce redressement en une prospérité durable, des investissements ciblés dans les infrastructures, la santé et l’éducation seront essentiels. Faute de quoi, les tensions sociales pourraient remettre en question les avancées économiques.
L’Argentine se tient à un carrefour décisif. Si l’excédent budgétaire de 2024 marque une réussite économique indéniable, il met également en lumière les défis colossaux liés aux inégalités et à la pauvreté. Le défi de Javier Milei sera de prouver que rigueur et inclusion peuvent coexister pour bâtir une Argentine plus stable et plus juste.
La Rédaction

