Malgré la libération récente de dizaines de prisonniers d’opinion, la monarchie saoudienne poursuit inlassablement sa campagne de répression contre les voix critiques. Depuis décembre 2024, au moins 44 personnes condamnées à de lourdes peines pour leurs prises de position pacifiques ont été relâchées. Parmi elles, Mohammed al-Qahtani, figure emblématique des droits civiques, ou encore Salma al-Chehab, doctorante à l’université de Leeds emprisonnée pour ses publications sur les réseaux sociaux.
Des libérations, mais sous surveillance étroite
L’annonce a d’abord été accueillie comme un signe d’ouverture. Mais à y regarder de plus près, ces libérations s’accompagnent de conditions étouffantes : interdiction de voyager, surveillance électronique, et menaces tacites de nouvelles représailles. Le message est clair : la liberté retrouvée est conditionnelle, précaire, et réversible.
Les autorités continuent de faire usage d’accusations floues — souvent fondées sur la loi antiterroriste — pour faire taire les dissidents. De nombreuses figures de la société civile restent derrière les barreaux : le prédicateur Salman al-Odah, l’avocat primé Waleed Abu al-Khair, ou encore Abdulrahman al-Sadhan, travailleur humanitaire.
Des procès à huis clos et des condamnations iniques
Le cas de Mohammed al-Ghamdi, enseignant retraité condamné à mort pour des tweets, ou celui d’Ahmed al-Doush, ressortissant britannique arrêté pour des publications supprimées depuis longtemps, illustrent l’absurdité du système judiciaire saoudien. La justice se rend sans transparence, souvent sans avocat, parfois sans accusation formelle pendant des mois.
La situation de Manahel al-Otaibi, coach sportive détenue pour avoir posté des photos d’elle sans abaya, rappelle combien les autorités punissent sévèrement toute expression d’indépendance, même anodine. Privée de soins médicaux, de contacts réguliers avec ses proches, ou même d’un procès équitable, elle est l’une des nombreuses victimes d’une politique de terreur silencieuse.
Une vitrine trompeuse pour l’extérieur
Derrière la communication soigneusement orchestrée du pouvoir, la réalité est toute autre. L’appel lancé par le chef de la sûreté de l’État, invitant les dissidents à revenir « sans crainte », sonne faux à l’aune des représailles infligées aux familles restées au pays. Le cas des frères al-Ghamdi illustre cette stratégie : si l’un critique le régime de l’étranger, les autres paient le prix au royaume.
Human Rights Watch appelle les partenaires internationaux de Riyad à ne pas se laisser leurrer. Ces libérations ne constituent ni une réforme, ni un tournant, mais un réajustement cosmétique destiné à amadouer l’opinion publique mondiale sans rien céder sur le fond.
Tant que les arrestations arbitraires se poursuivront, tant que la torture, les disparitions forcées et les procès iniques resteront monnaie courante, toute libération ne sera qu’un sursis déguisé. Ce n’est pas une justice que l’on réforme, mais un système que l’on perpétue.
La Redaction

