À l’heure où les grandes puissances s’arrachent les métaux stratégiques indispensables à la transition énergétique, l’Amérique latine entre en scène. De la jungle brésilienne aux Andes chiliennes, une ruée silencieuse s’organise, pleine de promesses… et de risques.
Une richesse géologique enfin convoitée
Longtemps connue pour son or, son cuivre ou son lithium, l’Amérique latine se découvre aujourd’hui un autre trésor : les terres rares. Ces 17 métaux essentiels à la fabrication d’aimants, de batteries, de smartphones ou d’éoliennes sont devenus un enjeu géopolitique majeur, au cœur de la compétition sino-américaine.
Avec plus de 20 millions de tonnes de réserves, le Brésil s’impose comme un acteur central. Sa mine Serra Verde, entrée en production commerciale fin 2024, ambitionne à terme de produire jusqu’à 10 000 tonnes par an. Une avancée notable dans une région historiquement à l’écart du raffinage et de la haute technologie minérale.
Une poussée régionale orchestrée
Le Chili ne reste pas en marge. Déjà géant du lithium, il attire de nouveaux projets autour de Penco, portés par Aclara Resources. La Colombie, quant à elle, explore son sous-sol en Orinoquía, où terres rares et coltan se mêlent dans une zone aussi stratégique que fragile.
Derrière ces trois leaders, Mexique, Pérou et Guatemala se mobilisent, souvent avec l’aide de fonds canadiens, australiens ou chinois. Objectif : sortir de la seule extraction pour s’intégrer davantage dans la chaîne de valeur mondiale.
Un terrain miné de défis
Mais cette promesse n’est pas sans ombres. Les obstacles sont nombreux :
• Technologiques : le raffinage exige des installations coûteuses et hautement techniques, que peu de pays possèdent.
• Économiques : après un pic en 2022, les prix des terres rares ont chuté de près de 70 %, refroidissant de nombreux investisseurs.
• Sociaux et environnementaux : les zones concernées abritent souvent des communautés autochtones. L’absence de “licence sociale” peut geler des projets majeurs, comme on l’a vu au Pérou.
Les ambitions américaines attisent la tension
Les déclarations de Donald Trump n’ont fait que renforcer la pression sur la région. Après avoir tenté de marchander des gisements en Ukraine contre l’aide militaire américaine, l’ancien président a affiché ses ambitions pour le Groenland… et l’Amérique du Sud. Les États-Unis cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine, qui contrôle aujourd’hui 85 % du raffinage mondial.
Cette rivalité pousse Washington à investir massivement dans la région via des partenariats stratégiques, suscitant inquiétudes et espoirs au sein des gouvernements locaux.
Vers une souveraineté minérale latino-américaine ?
Face à cette pression internationale, plusieurs pays plaident pour une intégration régionale. Le modèle du lithium argentin ou chilien, avec une prise de contrôle étatique partielle et des exigences environnementales renforcées, inspire désormais le secteur des terres rares.
Certains experts évoquent même la création d’une “OPEP des minerais critiques” en Amérique latine, afin de mieux réguler l’exploitation, les prix, et l’impact social des ressources.
L’Amérique latine entre dans l’arène des terres rares avec enthousiasme et prudence. Riche en ressources mais encore vulnérable dans les chaînes de valeur mondiales, elle devra choisir entre devenir une simple pourvoyeuse de matière brute… ou un acteur géopolitique de poids capable de transformer localement, protéger ses communautés et peser dans l’ordre mondial.
La Rédaction

