Alors que les relations entre Alger et Rabat restent figées dans une rivalité régionale persistante, la construction par l’Algérie d’une piste d’atterrissage militaire près de Béchar, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière marocaine, suscite l’inquiétude du Royaume chérifien. De nombreux médias marocains, comme Yabiladi, évoquent la possibilité d’une nouvelle base militaire d’envergure, interprétée comme une menace directe. Pourtant, la réalité sécuritaire algérienne semble bien plus diffuse, inscrite dans une logique de sécurisation régionale élargie.
Une construction qui alimente les spéculations
Depuis début avril, plusieurs images satellites et témoignages locaux relayés par la presse marocaine pointent l’aménagement de pistes temporaires dans la région désertique de Béchar. Ces infrastructures, conçues pour accueillir des avions cargos militaires comme les C-130 Hercules, ont rapidement été interprétées comme les prémices d’un complexe militaire aux ambitions stratégiques. Certains y voient une réponse d’Alger aux récentes manœuvres marocaines dans la région, notamment le renforcement du dispositif militaire autour du Sahara occidental.
Une stratégie défensive élargie
Toutefois, selon des sources proches du ministère algérien de la Défense, cette opération ne vise pas exclusivement le Maroc. Depuis plusieurs années, l’Algérie déploie un effort massif pour renforcer ses capacités militaires sur l’ensemble de son territoire, en particulier au sud. La menace djihadiste persistante dans le Sahel, les tensions en Libye et l’instabilité chronique au Niger imposent à Alger une vigilance de chaque instant. L’armée algérienne a ainsi multiplié les postes avancés, les radars et les zones d’atterrissage dans le désert afin de garantir une réactivité maximale.
Un contexte régional lourd
La détérioration des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc, officialisée par la rupture des relations en août 2021, donne à toute initiative militaire une résonance particulière. L’absence de dialogue, la fermeture des frontières terrestres depuis 1994 et les accusations mutuelles alimentent les malentendus. Alger se défend de toute intention offensive, rappelant qu’elle n’a jamais initié de manœuvre militaire hostile contre son voisin. Le Maroc, de son côté, observe avec inquiétude les mouvements militaires à sa frontière ouest, les interprétant comme des signaux de provocation.
Si la base militaire évoquée près de Béchar existe bel et bien sous forme de pistes d’atterrissage temporaires, elle ne constitue pas nécessairement une menace ciblée contre le Maroc. Dans un environnement régional où chaque pays cherche à sécuriser ses arrières face à un spectre d’instabilités, cette initiative algérienne s’inscrit dans une dynamique défensive plus large. Mais dans un climat de défiance permanent, l’absence de communication bilatérale transforme chaque pelleteuse et chaque avion en message non-dit.
La Rédaction

