Lors d’une récente visite officielle à Béchar, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a surpris en se déclarant favorable à une possible légalisation des travailleurs subsahariens sans papiers. Une annonce inédite dans le discours d’un chef d’État algérien, et pourtant, elle intervient au moment même où des centaines de migrants sont brutalement expulsés vers le Niger, en plein désert, dans des conditions dénoncées par de nombreuses ONG.
Ce double langage interroge. D’un côté, un discours d’ouverture qui évoque un encadrement légal du travail migratoire pour répondre à une pénurie de main-d’œuvre dans des secteurs clés comme le BTP ou l’agriculture. De l’autre, des reconduites forcées et répétées qui font l’objet de vives critiques internationales.
Un virage dans le discours officiel
C’est une première : le président Tebboune a évoqué, dans un cadre public, la possibilité d’organiser l’arrivée et la régularisation de migrants en provenance des pays du Sahel. « Nous sommes ouverts à l’idée de faire venir de la main-d’œuvre de pays voisins, notamment pour les secteurs du BTP et de l’agriculture, à condition que cela soit rigoureusement organisé », a-t-il déclaré. Cette ouverture théorique marque un tournant dans la politique migratoire algérienne, longtemps fondée sur une tolérance informelle, mais sans aucun statut légal pour les migrants.
Expulsions massives dans le désert
Cependant, cette déclaration présidentielle intervient dans un contexte de refoulements massifs. Fin mars, plus de mille migrants subsahariens ont été expulsés vers le Niger. Les images, diffusées notamment depuis le poste-frontière d’Assamaka, montrent des familles entières abandonnées dans une zone désertique, sans eau ni assistance, à des kilomètres de toute infrastructure. Ces pratiques sont régulièrement dénoncées par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et d’autres associations humanitaires.
L’obsession sécuritaire en toile de fond
Si la volonté d’organiser la migration est motivée par des besoins économiques, elle est aussi largement teintée d’inquiétudes sécuritaires. Le président Tebboune a exprimé sa crainte de voir des individus liés à des réseaux terroristes ou criminels s’infiltrer parmi les migrants. Une position qui reflète la tension constante entre les impératifs économiques et les craintes sécuritaires dans la politique migratoire algérienne.
Un équilibre difficile à trouver
L’Algérie se retrouve donc face à une équation complexe : répondre à ses besoins en main-d’œuvre tout en renforçant ses dispositifs de contrôle aux frontières. Ce paradoxe, visible dans l’écart entre les annonces présidentielles et les pratiques sur le terrain, illustre la difficulté à construire une politique migratoire cohérente et respectueuse des droits humains.
Pour les migrants subsahariens, le quotidien reste incertain, entre espoir de régularisation et menace d’expulsion. Et pour l’Algérie, le défi reste immense : traduire un discours de réforme en actes concrets et humanistes.
La Rédaction

