Avant même les engrais, l’irrigation ou les techniques culturales, une partie de la résistance d’une exploitation agricole se joue dans ce que le producteur met en terre. Au Togo, Tropi Techno SARL mise sur des semences biologiques développées localement pour mieux composer avec l’irrégularité des pluies et la dégradation des sols. Une stratégie qui cherche désormais les moyens de changer d’échelle.
Lorsque les saisons deviennent moins prévisibles, le choix d’une variété agricole prend une importance nouvelle. Une semence mal adaptée aux conditions de production peut réduire les rendements et accentuer la vulnérabilité économique d’exploitations déjà exposées aux aléas climatiques.
C’est sur ce premier maillon de la production que travaille Tropi Techno SARL depuis 2018. L’entreprise développe des semences bio-locales avec une double ambition : conserver des caractéristiques adaptées aux conditions togolaises et permettre aux producteurs de répondre à un marché des produits biologiques qui se développe.
Produire sans accentuer la pression sur les terres
L’équation est économique autant qu’agronomique. Les exploitants doivent améliorer leurs rendements et leurs revenus alors que la qualité des sols se détériore dans certaines zones et que le calendrier des pluies devient plus difficile à anticiper.
Pour Ousmane Labodja, promoteur du projet, il faut donc agir simultanément sur ces contraintes. La semence devient dans cette approche un outil d’adaptation : elle doit permettre de maintenir les performances agricoles dans des conditions moins favorables, sans renoncer aux exigences de la production biologique.
Le projet a récemment remporté la finale du concours de pitch Innov’Agro du Festival La Marmite (FESMA). Une distinction qui lui apporte de la visibilité, mais ne règle pas encore la question déterminante de son développement industriel et commercial.
60 millions de FCFA pour passer à une autre échelle
Tropi Techno évalue à environ 60 millions de FCFA les financements nécessaires pour poursuivre son expansion. L’objectif est notamment d’accroître ses capacités et de rendre ses semences accessibles à davantage de producteurs.
Le défi sera désormais de démontrer que la solution peut être déployée suffisamment largement tout en conservant ses performances agronomiques et son positionnement biologique.
Car derrière cette entreprise se pose une question plus vaste pour l’agriculture togolaise : comment continuer à produire lorsque les conditions qui ont longtemps rythmé les campagnes deviennent moins prévisibles ?
Une partie de la réponse pourrait se trouver bien avant la récolte. Dans une agriculture confrontée au changement climatique, la résilience commence aussi par le choix de ce qui entre en terre.
La Rédaction

